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Avant la réunion de Butmir

mercredi 7 octobre 2009


De très durs affrontements sont survenus le 4 octobre à Siroki Brijeg, en Herzégovine occidentale, à l’occasion d’un match de football entre l’équipe locale et celle du FC Sarajevo. Ils ont provoqué la mort d’un supporteur venu de la capitale, tué par balle par un membre de la police de ce canton de peuplement croate. Il y a une cinquantaine de blessés, certains dans un état grave. Le meurtrier, arrêté, s’est très facilement évadé de sa prison. Des manifestations de protestation ont éclaté à Sarajevo et d’autres ont suivi à Siroki Brej, avec des avis radicalement différents sur l’origine des événements et les responsabilités des uns et des autres dans la montée des brutalités et les tirs. Les médias sont partagés, les opinions reflétant souvent l’ appartenance "ethnique" de leurs auteurs Certains suggèrent même, comme le président du HDZ-BiH, Dragan Covic, ou comme le journal croate nationaliste "Vecernji list", qu’il s’agirait de violences provoquées en vue d’influencer la réunion qui doit se tenir, à Butmir, le 9 octobre, avec la participation des huit partis bosniens invités par l’Union européenne et les Etats-Unis, qui seront représentés par le ministre des Affaires étrangères de Suède Carl Bildt, le sous-secrétaire du Département d’Etat, Jim Steinberg et le Commissaire de l’UE à l’élargissement Olli Rehn. Un journaliste de "Nezavisne novine", publié à Banja Luka, met directement en cause le SDA, parti nationaliste bosniaque majoritaire, tenu pour responsable de la mort du jeune Bosniaque tué à Siroki Brijeg, et accusé de vouloir attiser les antagonismes entre Bosniaques et Croates dans la Fédération. Il suspecte Bruxelles et Washington de vouloir, à travers la réunion de Butmir, assurer la mainmise des Bosniaques sur toute la BH, ce qui menacerait, selon lui, les Serbes et les Croates non seulement dans leur existence politique, mais aussi physique. Cette rhétorique renvoie littéralement à celle qui a servi de justification à la guerre et au plan de dépeçage de la Bosnie-Herzégovine concocté par Milosevic et Tudjman.

Pour Valentin Inzko, cette réunion devrait, plus simplement, permettre la conclusion d’un accord sur des changements constitutionnels, des nominations (sans plus de précisions) et l’abolition de la fonction de Haut-Représentant, dont il est actuellement le titulaire. Il envisage aussi une solution du problème de Mostar, toujours dépourvu de maire, près d’un an après les élections municipales. La porte-parole du Haut-Représentant pour la politique étrangère de l’UE, Christina Gallach, a indiqué que les représentants de l’UE et des Etats-Unis dévoileraient leur stratégie pour résoudre la crise politique bosnienne et demanderaient aux dirigeants bosniens de réitérer leur engagement en faveur de l’intégration de leur pays à l’UE et à l’OTAN.

Bien que la teneure des propositions de Bruxelles et de Washington n’ait pas été divulguée, on avance de divers côtés qu’elles consisteraient essentiellement en un renforcement des pouvoirs des organes centraux de l’Etat, sans abolition des entités, dont le droit de veto serait toutefois limité. Le SBiH (Parti de la Bosnie-Herzégovine) d’Haris Silajdzic et le SDP (social-démocrate) présidé par Zlatko Lagumdzija ont annoncé qu’ils n’accepteraient pas une réforme "cosmétique", tandis que les deux partis issus du HDZ croate demandent que la composante croate dispose d’une entité propre. Tous les partis serbes s’en tiennent à une défense résolue du statu quo, l’objectif maintes fois proclamé par Milorad Dodik étant de réduire encore les compétences des instances centrales du pays, ce qui est à la base du conflit en cours à propos de la compagnie de distribution de l’électricité " Elektroprenos BiH". Pour les dirigeants de la RS, la demande d’adhérer à l’OTAN est un autre sujet de contestation, ce en quoi ils sont soutenus par la Russie.

On pose aussi la question du rôle de la Serbie, en relation avec la visite qu’a rendue il a quelques jours le ministre des Affaires étrangères de Serbie, Vuk Jeremic, à Milorad Dodik. S’agissait-il de l’assurer de son soutien, ou au contraire de lui prêcher la modération, pour favoriser les progrès de l’adhésion de la Serbie à l’Union européenne ?

A l’issue d’une rencontre, le 5 octobre, à Moscou avec Vuk Jeremic, le chef de la diplomatie russe, Serguei Lavrov, a déclaré, selon l’information diffusée par "Radio-Serbie internationale"que "le temps était venu de supprimer la mission de Haut Représentant international en BH et que l’avenir de ce pays devait revenir entre les mains de ses dirigeants politiques. Inquiet de la situation actuelle, il a soulevé l’importance de respecter les principes fondamentaux de l’Accord de Dayton, en mettant en relief que les modifications de l’ordre constitutionnel en Bosnie ne sont possibles qu’avec le consentement de tous les trois peuples constitutifs". La Russie, qui sera absente de la réunion de Butmir, entend ainsi rappeler sa position, conforme en tous points à celle de la Serbie et de la RS, et dans les mots, à celle que défendent aussi les "Occidentaux". Le problème est que les "principes fondamentaux" de l’accord de Dayton sont contradictoires entre eux, et qu’il prêtent à des interprétations diamétralement opposées selon qu’on place en premier celui qui pose l’unité du pays, avant sa division, ou l’inverse. Si l’UE et les Etats-Unis éprouvent le besoin de convoquer d’urgence une réunion pour tenter de sortir d’une crise maintenant archi reconnue, c’est qu’ils se trouvent obligés de constater que quelque chose ne fonctionne pas en Bosnie, alors que cela n’a jamais vraiment fonctionné depuis que l’accord a été signé, il y a quatorze ans. Toute la question est de savoir si ceux qui ont imposé à Dayton un système politico-institutionnel inepte voudront le modifier et comment, avec ou sans l’accord de la partie, en l’occurrence serbe, qui porte la responsabilité principale dans le déclenchement de la guerre et ses conséquences, responsabilité qu’elle persiste à nier malgré les preuves accumulées contre elle.

Peut-on espérer qu’avant la publication du banal communiqué dont on connaît à l’avance les termes, qui suivra la rencontre des ministres des Affaires étrangères français et serbe à Paris, le 8 octobre, Bernard Kouchner aura tenu à Vuk Jeremic un langage moins convenu sur les responsabilités particulières de la Serbie dans l’établissement d’un climat de confiance et de paix dans la région, tant en ce qui regarde le Kosovo que la Bosnie-Herzégovine ? Ce serait la moindre des choses pour justifier le "partenariat stratégique" entre les deux pays, voulu par les Présidents Sarkozy et Tadic, sans qu’on sache très bien de quoi il s’agit.

Par ailleurs, on a accueilli avec une grande satisfaction à Sarajevo l’adoption par la Commission des affaires étrangères du Parlement européen, du rapport invitant le Conseil de l’Union à aligner le régime des visas des citoyens de BH sur celui déjà accordé, en principe, à la Macédoine, au Monténégro et à la Serbie. Le vote en séance plénière aura lieu le 19 octobre. L’exemption de visa devrait alors entrer en vigueur dès le constat par la Commission de Bruxelles de la réunion de toutes les conditions nécessaires, sans passer par une nouvelle procédure réglementaire, ce qui signifie que le dernier obstacle pour les Bosniens, celui de la disponibilité des passeports biométriques, pourrait être franchi plus tôt que d’abord prévu.

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