Archives de la Lettre d'information de l'Association Sarajevo - Fondatrice Mirjana Dizdarevic

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Affaires de justice

mercredi 3 mars 2010


Radovan Karadzic a obtenu un nouveau délai pour préparer sa défense. Il aura ainsi la possibilité d’encore mieux affûter ses arguments, dans la ligne de l’exposé qu’il a fait devant le TPIY les 1° et 2 mars, tissu des délires de l’ultranationalisme serbe. Pour l’ancien psychiatre, poète et premier président de la RS autoproclamée, la guerre qu’il a dirigée était le seul moyen de défendre la nation serbe de Bosnie menacée d’anéantissement, Sarajevo n’a pas été assiégée, le massacre de Srebrenica n’est qu’un mythe, les Bosniaques se sont bombardés eux-mêmes, etc..Il ne manquera pas de fournir les preuves de toutes ces assertions, et de bien d’autres sur l’ampleur du complot fomenté contre le peuple serbe. Il pourra certainement en appeler, par exemple, au témoignage du général Zdravko Tolimir, l’un des plus hauts gradés de l’armée des Serbes de Bosnie, dont le procès pour génocide et autres crimes s’est ouvert le 26 février devant le même tribunal, ou encore à celui de Veselin Vlahovic, dit Batko ou "monstre de Grbavica", ancien membre de la milice des "Anges bleus", accusé d’une centaine d’assassinats de femmes et d’enfants, de viols, tortures et autres sévices, qui vient d’être arrêté en Espagne.

Au même moment, agissant en vertu d’une convention judiciaire entre le Royaume-Uni et la Serbie, les autorités britanniques appréhendaient à l’aéroport Heathrow de Londres et mettaient en détention Ejup Ganic qui devra attendre que les juges de Westminster apprécient, avant le 29 mars, le sérieux de la demande formulée par Belgrade de son extradition vers la Serbie. L’ancien membre de la présidence de BH pourrait bénéficier d’une mise en liberté, contre le versement d’une caution, en restant à Londres jusqu’à la décision des magistrats anglais. Ejup Ganic est sous le coup d’un mandat d’arrêt lancé début 2008 par le procureur pour les crimes de guerre de Belgrade, qui le vise avec 18 autres personnalités civiles et militaires bosniennes, dont un autre ancien membre de la présidence, Stjepan Klujic et le général Jovan Divjak, impliquées selon Belgrade dans l’attaque d’une colonne de l’Armée fédérale yougoslave qui se retirait de Sarajevo. Les tirs avaient causé la mort de 18 à une quarantaine de militaires, selon des évaluations diverses.

Cette affaire, dite de "la rue Dobrovoljacka", a été transférée du TPIY à la justice bosnienne pour les crimes de guerre, ce qui justifie les protestations des autorités, des partis et de l’opinion bosniennes contre la démarche de Belgrade, d’autant plus qu’une convention vient juste d’être signée entre la BH et la Serbie en vertu de laquelle, selon Sarajevo, les instances judiciaires de BH seraient, en l’espèce, seules compétentes. Cette opinion n’est pas partagée par les milieux politiques de la RS, qui mettent en cause l’impartialité des tribunaux de BH, alors même que ces mêmes milieux se sont élevés contre le maintien de magistrats étrangers dans les tribunaux chargés de la répression des crimes de guerre. Mais pour les autorités serbes, de Bosnie comme de Serbie, il n’y a apparemment de bonne justice que la justice serbe, les juges étrangers étant aussi antiserbes que leurs collègues bosniaques, croates ou autres. Les procureurs de BH ont déposé une demande d’extradition concurrente de celle de leurs collègues de Serbie. Les juges anglais devront trancher.

Quoique due aux circonstances, la concomitance de la comparution de Radovan Karadzic devant le tribunal de la Haye et de la revendication de la Serbie de se saisir et de juger Ejup Ganic est révélatrice de la volonté de Belgrade et de Banja Luka de réécrire l’histoire en "égalisant" les torts et les crimes des parties aux conflits et aux guerres des années 90. On saura bientôt ce qu’il adviendra de la proposition de Boris Tadic de faire voter une résolution sur Srebrenica par le Parlement serbe, et notamment s’il y figurera le terme "génocide", ce qui est très problématique. On notera en tout cas l’humour noir dégagé par l’activisme du ministre de l’intérieur de Serbie, Ivica Dacic, dans l’exigence de faire extrader, emprisonner et juger à Belgrade Ejup Ganic. C’est le porte-parole du parti de Milosevic pendant l’agression de la Bosnie-Herzégovine par la Serbie, qui veut faire juger un dirigeant du pays agressé, par son agresseur. N’est-ce pas la meilleure illustration de la nouvelle politique de Belgrade qui, selon le Président Boris Tadic et son Ministre des affaires étrangères Vuk Jeremic, a désormais renoncé à la violence pour n’employer, dans la réalisation de ses objectifs, que les armes du droit et de la diplomatie ? La politique ne serait en somme pour ces messieurs, que la guerre prolongée par d’autres moyens.

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