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La R.S. et Karadzic

dimanche 13 juillet 2003


Ses conseillers n’y ayant pas encore songé, c’est peut-être à moi qu’il revient d’expliquer à Drazen Mikerevic (premier ministre de la Republika Srpska) comment renflouer son budget. La solution, mon cher Mikerevic, est des plus simple : arrête Karadzic et, après avoir bien négocié, vends-le donc aux Américains ! Cent millions de dollars au moins seront versés dans les caisses de ton gouvernement, suffisamment pour satisfaire les médecins, les professeurs, les retraités, l’armée et la police. Je pense que les Serbes auraient vite fait d’oublier leur criminel de guerre favori, comme ils ont oublié Milosevic, dont ils ne suivent d’ailleurs plus le procès. Mais d’où cette idée, alors que je sais pertinemment que Mikerevic la rejettera avec mépris. Cela lui poserait trop de problèmes psychologiques. Il faudrait en effet, pour que Karadzic puisse être arrêté, obtenir l’accord de la majorité des Serbes en Republika Srpska, ce qui est quasiment impossible. Les Serbes de Bosnie s’identifient à la RS et celle-ci à Radovan Karadzic.

Ce sont là des facteurs déterminants et cette puce (chip) est ancrée dans les cervelles serbes depuis plus d’une décennie. Il faut reconnaître qu’établir un parallélisme entre la Republika Srpska et Radovan Karadzic est parfaitement justifié. D’ailleurs cette "république" a été créée à son image et grâce à ses œuvres. Mais qu’a-t-elle apporté aux Serbes bosniaques ? La décadence culturelle, la misère, la haine, le règne du primitivisme, de la violence, du crime et de la corruption. Parmi tous ces brillants acquis, remportés au nom de la cause serbe, il faut citer avant tout le génocide des Boshniaques - et en partie des Croates. Il faut vivre avec toutes ces horreurs. Et la seule façon de le faire est de se voiler la face. Tout cela à cause d’un criminel promu au rang de véritable héros d’épopée, alors qu’il s’agit en fait d’un poltron qui se cache dans les grottes de Bosnie et du Monténégro, prêt à défendre sa peau jusqu’au dernier des Serbes. Il n’y a rien de mystérieux dans le fait qu’il ait pu échapper depuis sept ans déjà à la justice internationale. Karadzic est protégé par des mercenaires, dans l’ensemble d’autres criminels de guerre, une véritable racaille. Les terres où se cache ce fugitif sont surveillées jour et nuit par les services secrets et la police de la Republika Srpska. De temps à autre des bataillons espagnols, italiens ou allemands qui traînent par là viennent troubler leur tranquillité.

Trois des dirigeants de la police et des services secrets de cette entité se sont retrouvés sur la "liste noire" récemment publiée par l’Union européenne. Si Momcilo Mandic, Tomislav Kovac et Ljuban Ecim étaient directement chargés d’assurer la sécurité de Karadzic, n’est-il pas logique d’imaginer que c’est ce que font également leurs remplaçants ? Ceux qui protégent le criminel de guerre le plus recherché d’Europe sont des membres influents du SDS et des autres partis nationalistes. L’homme de la rue, désorienté et influençable, terrorisé par ces bandes, est toujours prêt à déclarer devant les caméras que Radovan Karadzic est un héros, le sauveur de la Serbie - et Karla del Ponte une sorcière. Elle est d’ailleurs la seule, avec quelques journalistes, à tenter de faire arrêter ce fou de psychiatre. L’OTAN ne s’est toujours pas attaqué à cette tâche, à moins que l’on considère comme tel le fait de "surveiller la situation sur le terrain", expression favorite de messieurs les généraux. Quant au Haut Représentant, il affirme que Karadzic "se retrouvera très vite à La Haye". Il vient de déclarer, dans une interview à la BBC, que la communauté internationale allait désormais s’attaquer "aux racines et non pas à la branche elle-même". Je ne sais pas ce que représentent pour Ashdown la branche et les racines. De toute manière, il se trompe s’il s’imagine que les racines, ce sont les sommes d’argent qui servent à payer ceux qui protégent Karadzic. Il y aura toujours suffisamment de donateurs prêts à s’en charger. Le véritable problème, c’est que Karadzic est protégé par ceux dont Ashdown attend précisément qu’ils l’arrêtent. Ce sont eux les racines que l’OTAN devraient arracher et jeter. Nous obtiendrons alors la réponse à la question : les Bosniaques serbes sont-ils l’unique peuple au monde à préférer leurs criminels de guerre à une vie dans la normalité ?

Gojko BERIC (éditorialiste à Oslobodjenje) article paru le 3.07.2003 (Traduction : N.D)


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