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Boris Tadic et la Bosnie-Herzégovine

vendredi 17 juin 2011


Il s’avère que la récente proposition du vice-premier ministre et ministre de l’intérieur du gouvernement serbe, Ivica Dacic, de partager le Kosovo entre la Serbie et l’Albanie, n’était pas qu’un ballon d’essai lancé à tout hasard. Le dirigeant du principal parti d’opposition SNS ( parti progressiste serbe), Tomislav Nikolic, l’a reprise à son compte, et mieux encore, le président Boris Tadic la présente comme une idée qui a sa place dans le débat sur la recherche d’une solution au problème des relations entre Albanais et Serbes. Bien que contrevenant au tabou du Kosovo partie à jamais intégrante de la Serbie,la question de la partition est publiquement posée au nom du "réalisme" invoqué par Ivica Dacic.

Dans la logique exposée par celui-ci, la partition et le rattachement du Kosovo à la Serbie devraient entraîner les mêmes conséquences pour la Bosnie-Herzégovine avec la sécession puis le rattachement de la RS à la mère-patrie. Boris Tadic se garde de formuler pareille hypothèse. Il vient au contraire, dans une interview à la RTS (télévision de Serbie), de réaffirmer son attachement à la souveraineté et à l’intégrité de la Bosnie-Herzégovine. Il a assuré que la Serbie n’avait nullement l’intention de s’ingérer dans les affaires de la BH ni d’imposer des solutions aux dirigeants de la RS, son rôle se limitant à aider au dialogue dans le pays. Il a répudié toute visée hégémonique dans la région et invité les Serbes vivant en dehors de la Serbie à se comporter en citoyens loyaux de leur pays.

Ces déclarations interviennent alors que tous les dirigeants serbes, Boris Tadic en tête, mènent une intense campagne diplomatique pour obtenir de Bruxelles, après la livraison de Mladic au TPI, l’acceptation de la candidature serbe à l’UE et l’ouverture immédiate des négociations pour l’adhésion, dès la fin d’année. Pour clairs que soient ces tout derniers propos de Boris Tadic, ils ne peuvent effacer ceux, sensiblement dissonants, qu’il tenait il y a encore peu de temps, de concert avec son ministre des affaires étrangères Vuk Jeremic. L’un et l’autre liaient en effet implicitement la reconnaissance de l’intégrité de la Bosnie-Herzégovine à celle de la Serbie, entendue au sens de la constitution serbe qui mentionne l’appartenance du Kosovo à la Serbie. Si l’UE, dont cinq pays membres n’ont pas reconnu l’indépendance du Kosovo, n’exige pas de la Serbie qu’elle la reconnaisse pour pouvoir accéder au statut de candidat, elle fait néanmoins du règlement définitif de la question une condition de l’adhésion proprement dite. Le commissaire à l’élargissement Stefan Füle l’a encore rappelé le 16 juin en ces termes : "Je ne vois pas la Serbie dans l’UE tant que la question du Kosovo ne sera pas résolue".

Relativement explicites sur le Kosovo, les dirigeants européens n’évoquent par contre jamais, au moins publiquement, la responsabilité de la Serbie au regard de l’établissement d’un Etat viable en Bosnie-Herzégovine, condition essentielle du maintien de cette souveraineté et intégrité auxquelles Belgrade se déclare pleinement attachée. Ils pourraient à tout le moins faire observer au président Tadic que la position de la Serbie lors de la réunion du Conseil de sécurité de l’ONU du 9 mai était diamétralement opposée sur ce sujet à celle de l’UE. S’agissant du projet de référendum sur les institutions judiciaires centrales de BH adopté par l’Assemblée de la Republika Srpska, le compte-rendu de la séance du Conseil note : " Pour l’UE, [le référendum] aboutirait "à la mise en cause de l’intégrité et la souveraineté de la Bosnie-Herzégovine et à la récusation de la légitimité de la Cour constitutionnelle et d’autres institutions nationales"…….."En revanche, la Fédération de Russie et la République de Serbie se sont montrées d’un avis contraire….. Le [représentant] serbe a jugé qu’un tel référendum ne contrevenait en rien aux Accords de Dayton et à l’intégrité territoriale du pays". Ces quelques lignes mesurent le fossé qui sépare l’UE et la Serbie quant à leurs conceptions respectives de l’intégrité de la BH et du rôle dissolvant des dirigeants de la RS.

La non-ingérence de la Serbie dans les affaires intérieures de la BH, revendiquée par Boris Tadic, est par ailleurs hautement contestable. Outre le soutien de principe accordé, quoi qu’il fasse et dise, à Milorad Dodik, ce qui est déjà un signe de partialité, comment qualifier la prise de position de Boris Tadic qui juge illégitimes, comme Milorad Dodik et ses alliés croates, les autorités de la Fédération croato-bosniaque ? Sur ce point encore,le fervent proeuropéen se prononce à l’encontre des autorités européennes qui reconnaissent, elles, le nouveau gouvernement de la Fédération.

Il est dès lors regrettable que Bruxelles et les capitales européennes ne posent pas à la Serbie, publiquement et distinctement, la question du soutien qu’elle apporte aux activités des dirigeants de la RS qui, en continuant de rendre impossibles les réformes nécessaires à la BH pour qu’elle s’érige en un Etat viable, mettent en cause l’unité et la souveraineté de ce pays et par là, la stabilité de la région.

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