Archives de la Lettre d'information de l'Association Sarajevo - Fondatrice Mirjana Dizdarevic

Association Sarajevo

Accueil du site > Analyses et commentaires > sur la B.H. > La Bosnie-Herzégovine, "trou noir" de l’Europe

La Bosnie-Herzégovine, "trou noir" de l’Europe

jeudi 27 août 2009


La réunion du Conseil des ministres de Bosnie-Herzégovine qui devait se tenir le 27 août a été ajournée, faute d’entente sur les nominations à d’importants postes administratifs actuellement sans titulaires. Il s’agit des directions pour l’intégration européenne, de l’office de la fiscalité indirecte et de l’agence de régulation des communications.

La fonction, particulièrement importante, de directeur pour les affaires européennes, vacante depuis quelque 18 mois, a été attribuée le 21 août à la candidate de nationalité croate Lidia Topic, mais cette nomination s’est faite contre l’avis des ministres bosniaques du SDA et du SBiH. Les autres nominations demeurent suspendues, le désaccord portant sur la distribution "ethniquement" juste des postes, chacun des partis nationalistes qui se partagent le pouvoir exhibant ses chiffres et ses arguments.

Il s’agit ici d’un exemple, parmi bien d’autres, du blocage récurrent des institutions centrales du pays. Un autre cas est celui du non remplacement, à ce jour, du ministre de la sécurité intérieure Tarik Sadovic, (SDA), tombé en disgrâce pour s’être trouvé dans la fraction minoritaire de son parti et accessoirement pour mauvaise gestion de son ministère. Au niveau local, l’impossibilité de constituer une équipe municipale à Mostar près d’un an après les élections, est un autre signe des déchirures qui affectent la société et le système politique bosniens, sur fond de crise économique et sociale aggravée, affaires de corruption soupçonnées ou avérées, justice non ou mal rendue, etc…

L’expression "trou noir de l’Europe" est de plus en plus usitée pour caractériser la situation de la Bosnie-Herzégovine lorsqu’un observateur étranger s’intéresse à ce pays, ce qui arrive parfois en Allemagne, aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne, presque jamais en France. C’est ce qu’a fait récemment le responsable aux affaires étrangères du "cabinet fantôme" conservateur britannique William Hague, qui dans une interview au journal "The Independant" du 12 août, s’est inquiété du risque d’isolement et de rupture du pays et a critiqué la faible et confuse réponse de l’Union européenne à cette menace.

L’ancien Haut-Représentant Miroslav Lajcak , actuel ministre des Affaires étrangères slovaque, a récemment confirmé cette appréciation en avouant que l’Union européenne ne savait pas quoi faire de la Bosnie-Herzégovine, ce qui ressort à l’évidence de tous les discours sur le sujet des autorités européennes, qui proclament dans un même élan que les choses doivent changer, mais seulement sous l’impulsion des dirigeants du pays. Cependant, comme l’a dit encore Miroslav Lajcak, " La BH est telle que nous [le Communauté internationale] l’avons créée" et ils serait vain d’attendre des dirigeants bosniens, en premier lieu ceux de la RS qui défendent bec et ongles le statu quo, qu’ils renoncent volontairement aux positions qu’ils ont acquises grâce à la division du pays.

Sans doute conscient de l’impossibilité de remplir la tâche que lui ont confiée ses mandants, l’actuel Haut-Représentant Valentin Inzko vient de lancer un singulier appel. A l’occasion de la célébration, au Forum d’Alpbach, en Autriche, du vingtième anniversaire de l’effondrement du bloc soviétique, il a demandé aux citoyens bosniens de s’inspirer des peuples d’Europe centrale en 1989, pour faire eux-mêmes la révolution nécessaire à leur pays. Outre qu’il paraisse très hasardeux de comparer la situation actuelle de la Bosnie à celle des pays de l’Europe centrale dans les dernières années du système soviétique, n’est ce pas trop demander aux Bosniens : qu’ils se libèrent tout à la fois et instantanément de leurs dirigeants, de leurs ressentiments et du cadre imposé par la tutelle internationale, alors que les forces capables d’entreprendre tout cela n’existent pas, du moins pour le moment.

Cette exhortation n’est que la traduction sur le mode lyrique de l’appel réitéré des autorités européennes à un règlement des problèmes de la Bosnie par les Bosniens eux-mêmes. Ce qui ne relèverait, en d’autres lieux et circonstances, que d’une évidence démocratique est en réalité faussé par la réaffirmation conjointe de l’intangibilité du cadre général des institutions de Dayton, carcan qui rend extrêmement difficile sinon impossible l’exercice du jeu démocratique .En refusant de remettre en cause un système qu’ils ont eux-mêmes instauré, les protecteurs internationaux de la BH contribuent à enfoncer ce pays dans le "trou noir" dont il ne peut s’extraire.

Association Sarajevo


© Association Sarajevo - 17, rue de l'Avre 75015 Paris - http://www.association-sarajevo.org/

Nous contacter - Référence légales - Suivre la vie du site RSS 2.0 - Plan du site - Espace privé - SPIP