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La Serbie,le Kosovo,la Bosnie et l’Union européenne

Après la visite d’Angela Merkel à Belgrade

vendredi 26 août 2011


Les déclarations d’Angela Merkel lors de sa visite à Belgrade le 23 août, relatives aux relations entre Belgrade et Pristina, ont visiblement sonné les dirigeants serbes, en les ramenant à la réalité de l’indépendance du Kosovo reconnue par la grande majorité des pays de l’Union européenne, réalité dont ils doivent tenir compte s’ils veulent faire aboutir la candidature de leur pays à l’Union européenne. Si la chancelière d’Allemagne ne leur a pas expressément réclamé une reconnaissance formelle, pour le moment hors de portée d’un gouvernement serbe, sa demande d’un démantèlement des institutions parallèles serbes du nord du Kosovo équivaut à l’exigence d’un retrait total des autorités de Belgrade de la parcelle du territoire kosovar où elles subsistent. Cette demande a immédiatement été rejetée par le Président Boris Tadic. Il devient dans ces conditions de plus en plus difficile à la coalition dirigée par Boris Tadic de prétendre que la Serbie n’aurait pas à choisir entre l’UE et le Kosovo, illusion dénoncée tant par les nationalistes fidèles à leurs convictions, tel Vojislav Kostunica, que par les proeuropéens conséquents de la mouvance antinationaliste, toujours très minoritaires. Boris Tadic a reconnu que la candidature serbe pourrait ne pas être agréée cette année, mais il persiste à affirmer qu’il lui sera possible d’atteindre simultanément ses deux objectifs prioritaires : l’intégration à l’UE et le maintien du refus de l’indépendance du Kosovo.

Le ministre des affaires étrangères de Serbie Vuk Jeremic est allé s’entretenir en Bosnie-Herzégovine de la question du Kosovo, quelques jours avant la séance qui doit se tenir sur ce sujet au Conseil de Sécurité, dont la BH est actuellement membre. Mais plutôt que de rencontrer son homologue bosnien Sven Alkalaj à Sarajevo, il a préféré voir, à Banja Luka, le président de la RS Milorad Dodik qui l’a bien sûr assuré de son soutien à la position de Belgrade, position qui sera défendue au sein de la présidence tripartite de la BH par le représentant serbe, Nebojsa Radmanovic. Mais si Milorad Dodik s’aligne officiellement sur Belgrade, il le fait seulement en signe de solidarité avec la Serbie. Il est quant à lui acquis à l’idée du rattachement du seul nord du Kosovo à la Serbie, comme il l’a exposée le 28 juillet 2010 à la veille du débat qui devait se tenir aux Nations Unies à la suite de la décision de la Cour internationale de justice sur la légalité de la proclamation d’indépendance du Kosovo : « La Serbie devra revenir à la raison. Le Kosovo fait de moins en moins partie de la Serbie. Je comprends qu’il est très difficile de renoncer au Kosovo et je pense qu’aucun homme politique [serbe] ne peut le faire...Pourquoi ne pas poser des conditions : si vous nous demandez de reconnaître l’indépendance d’une partie du Kosovo, nous demandons que le nord de la province reste à la Serbie.....Nous [les Serbes de BH] demandons à présent que nos droits soient clairement établis pour être en mesure d’agir à l’avenir comme le font actuellement les Albanais. » (voir le site de la station B92, 28-7-2010). Cette déclaration, parmi d’autres, était dans la ligne de la résolution que l’Assemblée de la RS avait adoptée en février 2008, en réaction à la proclamation de l’indépendance du Kosovo. Les termes de cette résolution étaient clairs : « si un nombre significatif des membres de l’ONU, notamment des membres de l’UE, reconnaissent l’indépendance du Kosovo...l’Assemblée pense qu’il s’agirait d’un précédent dans la reconnaissance du droit à l’autodétermination, dont celui à la sécession...Dans une telle situation, la RS serait en droit d’organiser un référendum pour décider de son statut étatique ». Milorad Dodik se trouve ainsi en parfaite communion d’idées avec plusieurs importants responsables serbes, dont le vice-premier ministre et ministre de l’intérieur du gouvernement, Ivica Dacic, qui s’est prononcé pour un partage du Kosovo et une même solution pour la Bosnie-Herzégovine. D’après le compte-rendu de la rencontre entre Dodik et Jeremic communiqué par B92 le 25-8, Jeremic aurait informé Dodik des positions exposées par la chancelière Angela Merkel durant sa visite à Belgrade et ajouté que celles-ci constituaient d’ « importants messages qui auront des conséquences stratégiques sur la situation des Balkans occidentaux ».Ces « conséquences stratégiques », non spécifiées par Vuk Jeremic, doivent probablement se comprendre dans le cadre de ce qu’un commentaire paru sur le site en français de la radio de Belgrade www.glassrbije.org du 8-7-2011 appelait « la région comme polygone politique ». Il y était expliqué que les déclarations de Boris Tadic à Sarajevo en juillet dernier, sur le respect de l’intégrité territoriale de la BH, concernaient la souveraineté de tous les membres de l’ONU, et qu’une atteinte aux frontières de l’un de ceux-ci (sous-entendu la Serbie) mettrait en péril celles de tout autre, (sous-entendu la Bosnie-Herzégovine), dont la Republika Srpska serait alors incitée à se détacher. Chaque fois que Boris Tadic se prononce en faveur de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de la BH, il ne manque pas de souligner qu’il attend réciproquement le respect de la souveraineté et de l’intégrité de la Serbie, telles qu’il les entend, à savoir Kosovo inclus, ce qui ressort également de toutes les déclarations de Vuk Jeremic.

C’est dire, qu’avec des nuances dans les expressions, Tadic, Dacic, Jeremic et Dodik partagent les mêmes opinions sur l’avenir de la Bosnie-Herzégovine dont ils attendent la dislocation pour compenser la « perte » du Kosovo par le rattachement de la RS à la Serbie. La stratégie de pourrissement de la situation en BH menée depuis des années par Milorad Dodik en concertation avec Belgrade ne vise pas à autre chose et l’impossibilité de former un gouvernement central en BH, onze mois après les élections, n’est que le dernier signe du succès de cette stratégie. Faute d’interlocuteurs fiables, Angela Merkel a renoncé à se rendre à Sarajevo. On peut dès lors s’étonner que l’Union européenne, tournée en priorité vers le Kosovo, accorde si peu d’importance à la Bosnie-Herzégovine et qu’elle baisse les bras devant une situation qui représente actuellement le plus grand danger pour la paix dans la région. C’est une députée de l’opposition serbe, Vesna Pesic, qui lance le cri d’alarme nécessaire en accusant les autorités serbes de déstabiliser la région, y compris en favorisant la désintégration de la Bosnie-Herzégovine. Selon elle, ce n’est « qu’une fois que la Serbie aura définitivement résolu le problème de ses frontières, qu’elle sera sérieusement prête à rejoindre l’Union européenne. Le nationalisme serbe doit être contré pour que la Serbie rejoigne l’Europe » (B92, 24-8)

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