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Vers la proclamation de l’indépendance du Kosovo

mardi 12 février 2008


Selon l’agence de presse slovène STA, la décision de l’UE d’envoyer une mission au Kosovo, prise le 4 février, sera confirmée avant la proclamation de l’indépendance du Kosovo, attendue elle-même pour le 17 février. Le conseil des ministres de l’UE ferait une déclaration à ce sujet le 18 février, la reconnaissance de cette indépendance étant du ressort de chacun des 27 pays membres de l’Union .Une large majorité de ceux-ci, il est question d’une vingtaine, se prononcerait en sa faveur, dans des délais plus ou moins rapprochés.

Ces événements auront évidemment des répercussions importantes dans la région, d’abord en Serbie, mais aussi en Bosnie-Herzégovine.

En Serbie, tous les partis politiques, à l’exception du LDP de Cedomir Jovanovic qui a recueilli un peu plus de 5% des voix à l’élection présidentielle, sont farouchement opposés à cette indépendance que, déclarent-ils à l’unisson, ils n’accepteront jamais. La seule différence entre les partisans du Président Tadic et ceux du Premier ministre Vojislav Kostunica, comme de l’opposition des radicaux et du SPS, est que les premiers ne veulent pas renoncer à signer l’accord proposé par l’UE tandis que les seconds le rejettent violemment. Il s’en est suivi un blocage de l’appareil gouvernemental et parlementaire serbe mais aux dernières nouvelles, les deux ailes de la coalition majoritaire sont parvenues à aplanir leurs divergences pour présenter un front commun afin de "rendre nuls et non avenus les actes illégaux visant à l’indépendance du Kosovo" par des mesures arrêtées dans un plan dont les dispositions sont encore tenues secrètes.

Ces actes prétendument illégaux visent autant les dirigeants kosovars, traités ainsi de citoyens serbes rebelles, que les autorités de Bruxelles, accusées de violer le droit international en dépouillant la Serbie de 15% de son territoire national, ce qui est la description couramment donnée en Serbie de la situation créée par l’accession du Kosovo à l’indépendance à la suite de l’achèvement du processus de désintégration de la fédération yougoslave provoquée par la politique agressive du régime de Milosevic.

On saura dans les prochains jours ce qu’il adviendra de ce répit dans la confrontation entre les deux têtes de l’exécutif serbe lorsqu’il s’agira de mettre en oeuvre les répliques diplomatiques, politiques et économiques à la proclamation de l’indépendance du Kosovo. Dans la logique de Kostunica, elles pourraient aller très loin, à l’égard du Kosovo comme de l’Union européenne. Dans celle de Tadic elles ne devraient pas trop affecter les relations de la Serbie avec les principaux pays de l’UE, mais prisonniers d’une rhétorique qu’ils partagent avec l’immense majorité de la classe politique, de l’Eglise, des médias, de la société serbe en général, les "démocrates proeuropéens modérément nationalistes " peuvent difficilement résister au courant qui porte au durcissement des postures de ressentiment et de repli.. Une manifestation anti-Kostunica à dominante étudiante a réuni à Belgrade un millier ou plusieurs milliers de personnes, mais cette opposition ne parvient pas, pour le moment, à s’étendre au-delà de la frange de l’opinion qui ose attaquer de front les mythes traditionnels de la politique serbe, dont le Kosovo est le fleuron.

L’échéance de l’indépendance du Kosovo aura inévitablement des effets en Bosnie-Herzégovine. Les dirigeants de la RS continuent de marteler qu’ils n’admettront pas que la BH reconnaisse le nouvel Etat. Plus intéressante est une déclaration récente de Milorad Dodik qui, plus libre dans ses propos que ses amis de Belgrade, a envisagé comme solution possible pour le Kosovo la partition du pays, sujet encore tabou en Serbie. Le dirigeant de la RS est en cela fidèle à sa démarche constante puisque l’une de ses principales revendications est l’inscription du droit de sécession des entités dans la constitution de la BH. Il ne fait aucun doute que, dès la proclamation de l’indépendance du Kosovo, il relancera sa menace d’un référendum de séparation de la RS de la BH. Que le parallèle entre le Kosovo et la BH soit naturellement établi du côté serbe n’est pas étonnant. Que des observateurs étrangers, notamment français, invoquent une analogie de situations entre les deux pays prouve par contre une méconnaissance totale de l’histoire de la région et notamment des causes et du déroulement des guerres des années 90, avec la répression de la volonté de libération nationale des Albanais du Kosovo, la suppression de l’autonomie de la "province" de 88-89, la politique de domination de Milosevic et ses conséquences sur l’implosion de la fédération yougoslave, la guerre d’agression contre la Croatie et la BH et la création sanglante de la RS, le soulèvement armé du Kosovo après des années de résistance pacifique, la tentative d’expulsion massive de sa population, et enfin l’intervention militaire de l’OTAN qui a signé la défaite du régime de Milosevic.

Le combat que mènent actuellement les dirigeants de la RS sous la direction de Milorad Dodik est de préserver le seul "gain" obtenu à l’issue de cette aventure, cette RS créée de toutes pièces par le "nettoyage ethnique" et concédée par la diplomatie internationale comme solde de tous comptes avec Milosevic et le camp serbe, mais au détriment de la Bosnie-Herzégovine, condamnée à l’inexistence faute d’institutions viables.

L’Union européenne, après des années d’imprévoyance et de négligence des périls, a fini par se rendre compte de la gravité de la situation dans les Balkans sous le coup de l’urgence du règlement de la question du Kosovo. A l’approche circonspecte qui a longtemps caractérisé la politique de Bruxelles envers la région a succédé un coup d’accélérateur pour faire progresser tous les pays des "Balkans occidentaux" vers leur intégration à l’UE., avec un allègement considérable des conditions posées. La Serbie peut se dispenser d’arrêter Mladic, elle peut faire obstacle à l’envoi d’une mission au Kosovo décidé par Bruxelles, elle peut traiter les résolutions de l’UE de contraires au droit international, l’UE pardonne tout. L’UE a posé des conditions précises quant à la réforme de la police de BH ; elle se contente finalement d’un accord au rabais qui passe toutes ces conditions à la trappe et consolide la division du pays. Il s’agit toujours de ne pas trop déplaire aux irascibles partenaires de Belgrade et de Banka Luka, dans l’espoir que tant de compréhension les portera à modérer leurs réactions.

On connaitra dans les jours et les semaines qui viennent les effets de cette politique de l’oubli. En attendant, la Serbie se prépare à riposter à la proclamation attendue de l’indépendance du Kosovo, la Bosnie-Herzégovine demeure empêtrée dans ses histoires de réformes en panne, de constitution inapplicable, de budget non voté, de crimes impunis, de recrudescence de la violence, de misères économiques et sociales....

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