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Christian Schwarz-Schilling sur le départ

vendredi 15 juin 2007


Le Haut-Représentant Christian Schwarz-Schilling a prononcé, le 13 juin, son discours d’adieu au Parlement de Bosnie-Herzégovine. Il a constaté que l’objectif de rapprochement de l’Union européenne et de l’OTAN, qu’il assignait à la BH en inaugurant son mandat, n’avait pas été atteint. Constant sur sa position de confier aux dirigeants bosniens la responsabilité de trouver eux-mêmes les solutions à leurs problèmes, sans user de toutes les prérogatives attachées à sa fonction, il a rejeté sur eux l’entière responsabilité de la grave crise politique qui paralyse le pays. Il l’a caractérisée par le défaut de réalisation des réformes, une défiance accrue entre les responsables politiques, les attitudes extrêmes d’une ou deux personnalités importantes qui empêchent tout compromis, la rhétorique irresponsable de dirigeants qui jouent des jeux dangereux sur des thèmes hautement sensibles. Sans les nommer, il faisait clairement allusion à Milorad Dodik et Haris Silajdzic, accusés de se livrer à des surenchères au bénéfice de leurs popularités respectives, l’un en lançant des idées de referendums de séparation, l’autre en prônant l’abolition des entités.

Dans la longue liste des réformes nécessaires qui demeurent en attente, le projet de loi sur l’enseignement supérieur ayant, ces derniers jours, progressé à la Chambre des représentants, il a bien sûr cité celle de la police, qui constitue le principal obstacle à la conclusion de l’Accord de stabilisation et d’association avec l’UE, prêt à la signature. Soulignant qu’à ce sujet, l’accord était réalisé à 95%, il a évité de préciser si le point de divergence persistant, celui du maintien d’une police propre à la RS, portait sur le symbole de son nom ou sur sa réalité, alors que toutes les déclarations de Milorad Dodik, y compris les plus récentes, vont dans le sens du maintien, sans concession, de tous les pouvoirs actuels de l’entité serbe, le leit-motiv étant "la RS plutôt que l’Europe",qu’on peut comparer à celui des nationalistes de Serbie "plutôt le Kosovo que l’Europe".

Christian Schwarz-Schilling a aussi parlé de l’arrêt de la Cour Internationale de Justice et de ses conséquences. Il a rappelé que ce tribunal international avait établi qu’un génocide avait été commis à Srebrenica et que la Serbie avait été déclarée coupable de ne pas avoir prévenu ce crime et de ne pas pleinement collaborer avec le TPIY. Interprétant l’arrestation de Zdravko Tolimir comme une avancée des autorités serbes, il en tire la preuve que la volonté politique pouvait mener à d’autres captures dans la région, notamment celles de Mladic et de Karadzic. Il a affirmé la nécessité de faire passer la justice pour assurer le respect de la loi, donner réparation aux familles des victimes et éviter qu’une responsabilité collective ne pèse sur tout un peuple. Mais il n’a pas été jusqu’à contredire les propos de Milorad Dodik qui se refuse toujours à reconnaître que le massacre de Srebrenica, s’il n’ a pas été commis par tout le peuple serbe, l’a bien été sous l’autorité des institutions de la RS dirigées par Radovan Karadzic, dont l’armée commandée par Ratko Mladic. C’est cela qui détermine la responsabilité et la culpabilité de la RS , quoi qu’en dise et en pense Milorad Dodik qui ne veut voir mis en cause que des individus ou des groupes particuliers.

Adossé au principe soutenu par la "Communauté internationale" que la constitution de Dayton ne pouvait être modifiée que dans le cadre fixé par les accords qui l’ont instituée, c’est-à-dire par les élus au Parlement bosnien, à la majorité des 2/3 , le Haut-Représentant s’est rangé du côté des dirigeants de la RS en refusant qu’il soit discuté d’un statut spécial pour Srebrenica à la suite de l’arrêt de la CIJ qui a confirmé la réalité du génocide de 1995. Il s’en est tenu à la mission confiée au diplomate américain Bond, en liaison avec des représentants du gouvernement central et des deux entités, pour améliorer la situation économique et sociale de l’ancienne enclave, avec des accompagnements d’ordre symbolique. Une manifestation réunissant plusieurs milliers de personnes à Sarajevo a récemment montré que les associations des familles de victimes ne renonçaient pas à leurs revendications. "Les mères de Srebrenica" viennent par ailleurs de lancer un procès contre le gouvernement des Pays-Bas et l’ONU pour avoir manqué à leurs devoirs de protection de l’enclave, mais une porte-parole de l’organisation internationale a immédiatement fait valoir qu’elle bénéficiait d’une immunité statutaire.

Le Haut-Commissaire a , une fois de plus, jugé nécessaire la réforme constitutionnelle parce que le texte de Dayton " a créé une structure d’Etat compliquée et inefficace qui ne répond pas aux normes constitutionnelles modernes". Il considère qu’elle représente probablement le plus grand problème posé au pays . Malgré tous les échecs rencontrés par les tentatives de relancer les discussions après le rejet, l’an dernier ,de ce que l’on appelle "le paquet d’avril ", Christian Schwarz-Schilling espère encore progresser sur la voie d’une solution avant la fin de son mandat, le 30 juin, mais il a confié à son successeur le soin d’aider à la poursuite et l’achèvement de la tâche. Quelles que soient les qualités de celui-ci, le diplomate slovaque Miroslav Lajcak, on peut douter de ses chances de réussite si, à l’unisson de la "Communauté internationale" et plus particulièrement de l’Union européenne, il continue de seulement faire appel à la bonne volonté des parties pour parvenir à une entente, alors qu’elles campent sur des postions diamétralement opposées. Les dirigeants de Banja Luka ne veulent en effet rien abandonner de la quasi-souveraineté de leur entité et ils se sont sentis confortés dans leur intransigeance par le passage du discours du Haut-Représentant considérant que l’arrêt de la CIJ, malgré la mention du génocide de Srebrenica, n’entachait en rien la légitimité de la RS. Confondant habilement maintien de l’entité et maintien du droit de veto accordé à l’entité, ils se prétendent victimes de la volonté des Bosniaques, voire des islamistes bosniaques, d’ asseoir leur hégémonie sur la BH. Contre le besoin de centralisation des fonctions de l’Etat, ils plaident pour une fédéralisation à trois, de nature à séduire une fraction des partis d’appellation croate. Ceux-ci, ainsi que l’Eglise catholique de Bosnie, se plaignent en effet de la marginalisation de la composante croate du pays. Le membre croate de la Présidence de BH, le social-démocrate Zeljko Komsic, qui est un antinationaliste convaincu, doit prochainement tenir à ce sujet une réunion avec les formations et les personnalités croates qui accepteront son invitation. Si le séparatisme de la RS constitue un problème majeur pour la BH, la construction institutionnelle de la Fédération en est un autre, avec ses dix cantons et autant de coalitions et de ministères à former, si bien que huit mois après les élections, l’un ce ces cantons, celui de Neretva-Herzégovine, n’est toujours pas pourvu de direction. Toutes ces architectures baroques ayant été imposées par la "Communauté internationale" à la recherche de compromis impossibles, il est parfaitement hypocrite de la part des puissances responsables de ces imbroglios de demander aux politiques locaux de changer un état des choses dont ils tirent profit.

Il n’est pas étonnant que dans ces conditions , la situation économique et sociale du pays s’aggrave. C’est ce que vient, après bien d’autres, de confirmer Michel Mozur, adjoint du coordinateur spécial du Pacte de stabilité du Sud-est européen, qui a indiqué que dans un classement financier international, la BH avait encore perdu 4 places, pour se retrouver au 95° rang, derrière la Serbie et le Monténégro. Pour cet économiste, la stabilité politique, est un facteur essentiel du développement économique, évidence relevée,en d’autres termes, par le Président du Conseil des ministres de BH, Nikola Spiric, qui constate l’impasse dans laquelle est engagée son gouvernement. Le Haut-Représentant a également relevé l’absence d’un espace économique bosnien unifié, faute des lois adéquates en matière juridique, sociale, économique, fiscale et financière.

Alors que les négociations pour la signature d’un Accord de stabilisation et d’association entre l’Union européenne et la Serbie viennent de reprendre, la Bosnie-Herzégovine apparaît comme le seul pays de la région à être abandonné dans son "trou noir", le Kosovo demeurant dans l’attente de son indépendance, avec toutes les suites qu’on peut imaginer.

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