Association Sarajevo http://www.association-sarajevo.org/ fr SPIP - www.spip.net Association Sarajevo http://www.association-sarajevo.org/IMG/siteon0.jpg http://www.association-sarajevo.org/ 253 581 Recompositions gouvernementales en Serbie et en Bosnie-Herzégovine http://www.association-sarajevo.org/spip.php?article824 http://www.association-sarajevo.org/spip.php?article824 2012-06-29T14:48:50Z text/html fr Maurice LAZAR Pour spectaculaire que soit l'accès au premier rang de la politique serbe d'Ivica Dacic, qui cumulera les fonctions de Premier ministre et de ministre de l'intérieur du gouvernement qui sera prochainement constitué à Belgrade, la promotion de l'ancien porte-parole du SPS (parti socialiste serbe) du temps de Milosevic n'a rien de surprenant. Avec le franc-parler, ou si l'on préfère, le cynisme qu'on lui connaît, celui qui apparaissait déjà comme l'homme fort du gouvernement sortant à (...) - <a href="http://www.association-sarajevo.org/spip.php?rubrique27" rel="directory">Europe du Sud-Est</a> <div class='rss_texte'><p class="spip">Pour spectaculaire que soit l'accès au premier rang de la politique serbe d'Ivica Dacic, qui cumulera les fonctions de Premier ministre et de ministre de l'intérieur du gouvernement qui sera prochainement constitué à Belgrade, la promotion de l'ancien porte-parole du SPS (parti socialiste serbe) du temps de Milosevic n'a rien de surprenant. Avec le franc-parler, ou si l'on préfère, le cynisme qu'on lui connaît, celui qui apparaissait déjà comme l'homme fort du gouvernement sortant à direction démocrate n'avait pas caché, après les élections serbes du mois de mai, qu'il se donnerait à celui, de l'un ou l'autre camp, qui lui offrirait les conditions les plus avantageuses. Entre l'ancien président battu Boris Tadic et le nouvel élu Tomislav Nikolic, l'intérêt a vite fait pencher la balance en faveur du dernier, d'autant qu'il concordait avec l'alliance nouée dans les années 90 entre les deux courants dont sont issus les deux têtes du nouvel exécutif serbe, le national-communisme de Slobodan Milosevic et l'ultra-nationalisme de Vojislav Seselj, Dacic étant devenu « socialiste » et Nikolic « progressiste ». Les visites en Russie de Dacic et Nikolic aux lendemains de la victoire électorale de celui-ci et le succès de celui-là, sont sans doute pour quelque chose dans le renversement d'alliances qui s'est si facilement opéré à Belgrade, au détriment des démocrates de Boris Tadic. Celui-ci avait largement contribué au retour en force des anciens partisans de Milosevic en acceptant de passer l'éponge sur leur passé.</p> <p class="spip">Le Président Nikolic et son futur Premier ministre Dacic ont beau proclamer qu'ils maintiendront la politique pro-européenne et de réconciliation régionale menée - avec bien des ambiguïtés- par Boris Tadic, ils auront du mal à persuader leurs voisins de leur bonne foi. Ivica Dacic s'est, quant à lui, clairement prononcé pour une partition du Kosovo et pour, à terme, le rattachement de la Republika Srpska à la Serbie.Un des prétextes à la rupture de son accord avec les démocrates de Tadic a d'ailleurs été que celui-ci envisageait de joindre à sa coalition le LDP (parti libéral démocrate) de Cedomir Jovanovic, coupable d'avoir abandonné le Kosovo et considéré la RS comme le fruit d'un génocide. C'est dire le problème que persistera de poser le Kosovo et la menace qui continuera de peser sur la Bosnie-Herzégovine du fait de l'appui renforcé de Belgrade à la politique destructrice de Dodik et des dirigeants de la RS.</p> <p class="spip">La Bosnie-Herzégovine a elle-même été aussi le théâtre d'une recomposition gouvernementale, encore en cours. Ici, c'est l'alliance entre les deux principaux partis de la Fédération croato-bosniaque, le SDP (parti social-démocrate) présidé par Zlatko Lagumdzija et le SDA (parti fondé par Alija Izetbegovic) qui a volé en éclats et provoqué des réactions en chaîne, à la suite du refus du SDA de voter un budget de rigueur. Lagumdzija a fait expulser du gouvernement central les ministres SDA, pour les faire remplacer par ceux d'un autre parti nationaliste bosniaque minoritaire, le SBB (Union pour un meilleur avenir), faisant entrer dans ce gouvernement, comme ministre de la sûreté, le dirigeant de ce parti, Fahrudin Radoncic , patron de presse et homme d'affaires réputé « sulfureux » en raison de diverses relations douteuses. Le SDP y gagne un nouveau ministère, celui de la défense, mais guère en crédibilité, d'autant plus que ce changement a entraîné une crise dans les instances de l'exécutif de la Fédération. Deux partis croates minoritaires y sont remplacés par les nationalistes croates majoritaires des deux partis HDZ, jusqu'ici dans une opposition acharnée à la majorité dirigée par le SDP, en principe d'orientation civique. Les deux branches du HDZ sont ainsi associées au SDP aussi bien au niveau de la Fédération qu'au niveau central où se retrouvent les six principaux partis bosniens, deux partis nationalistes croates, deux partis nationalistes serbes, un parti nationaliste bosniaque et un parti se présentant comme multiethnique d'orientation civique, ce qui donne la mesure des contradictions qui minent cette coalition. Autrement dit, il ne s'agit pas d'un gouvernement central qui met en œuvre une politique cohérente mais d'une répartition de postes et des sinécures qui les accompagnent, donnant l'apparence d'un appareil administratif chargé d'assurer le minimum des tâches qu'attendent de lui les autorités internationales qui ont imposé à la BH le statut insoutenable des accords de Dayton. C'est de ce gouvernement que le Commissaire à l'élargissement de l'UE Stefan Fule, qui a réuni le 27 juin à Bruxelles tous les dirigeants politiques bosniens, espère obtenir le respect d'un agenda des réformes nécessaires à l'adhésion à l'UE. Outre que les circonstances actuelles rendent cette perspective plus éloignée que jamais, la diversité des positions des partis qui se partagent les pouvoirs en BH les empêche de « parler d'une seule voix » comme le souhaite l'UE, sans compter l'orientation bien plus pro-russe que pro-européenne des dirigeants de la RS, à l'instar de la nouvelle équipe gouvernementale en formation à Belgrade.</p> <p class="spip">Ivica Dacic a promis, devant l'évidence de la reconstitution de l'échiquier politique serbe des années 90, que cette nouvelle équipe ne reviendrait pas à la politique de ce temps. Il entendait sans doute par là qu'elle ne recourrait plus à la violence déchaînée par Belgrade dans cette période. Mais ce n'est qu'une question de méthode. Sur le fond, le refus de l'indépendance du Kosovo, le discours sur la défense de la RS et plus généralement l'orientation générale de la politique de Milosevic et ses responsabilités dans les crimes commis, aucun de ces sujets n'est renié ou remis en cause et c'est face à tout cela que l'Union européenne fait semblant de croire que tout continue, ou presque, de bien aller en Serbie. Si les ambiguïtés et le double langage de Boris Tadic pouvaient, à la rigueur, donner le change, comment continuer de se fier aux bonnes paroles de Nikolic et de Dacic ?</p> <p class="spip">Association Sarajevo</p></div> On a aussi voté en Serbie http://www.association-sarajevo.org/spip.php?article821 http://www.association-sarajevo.org/spip.php?article821 2012-05-08T12:26:49Z text/html fr Maurice LAZAR Il y a aussi eu, le 6 mai, des élections en Serbie, regroupant le même jour celles concernant le Président de la République, l'Assemblée nationale et les municipalités. <br />Boris Tadic, Président sortant et dirigeant du Parti démocrate (DS) retrouvera le 20 mai, pour un deuxième tour, le leader du Parti progressiste serbe (SPS, issu d'une scission du parti radical de Seselj) Tomislav Nikolic, chacun ayant recueilli environ un quart des suffrages, avec une légère avance pour le (...) - <a href="http://www.association-sarajevo.org/spip.php?rubrique27" rel="directory">Europe du Sud-Est</a> <div class='rss_texte'><p class="spip">Il y a aussi eu, le 6 mai, des élections en Serbie, regroupant le même jour celles concernant le Président de la République, l'Assemblée nationale et les municipalités.</p> <p class="spip">Boris Tadic, Président sortant et dirigeant du Parti démocrate (DS) retrouvera le 20 mai, pour un deuxième tour, le leader du Parti progressiste serbe (SPS, issu d'une scission du parti radical de Seselj) Tomislav Nikolic, chacun ayant recueilli environ un quart des suffrages, avec une légère avance pour le premier. Avec ses jolis scores de 14 % aux présidentielles et de plus de 17% aux législatives, le vice-président et ministre de l'intérieur Ivica Dacic, chef du Parti socialiste de Serbie (SPS) fondé Milosevic, dont il fut le porte-parole pendant les années 90, désignera le vainqueur de la course. Il a indiqué qu'il se prononcera en faveur de celui qui lui aura promis le poste de Premier ministre, sa préférence allant d'abord à Boris Tadic avec lequel il a conclu l'accord qui a permis à la coalition actuelle de gouverner le pays depuis les dernières élections.</p> <p class="spip">Le résultat des élections législatives met l'homme fort du gouvernement sortant en position de choisir n'importe laquelle des combinaisons politiques possibles, à condition qu'elle lui offre la direction du gouvernement. L'européisme affiché par toutes les formations représentées à l'Assemblée, à l'exception du Parti démocratique de Serbie (DSS) de Vojislav Kostunica, et le nationalisme plus ou moins tempéré de toutes, à l'exception du Parti libéral-démocrate (LDP) de Cedomir Jovanovic (20 sièges de députés sur 250) permettent de former des majorités très diverses axées, à des degrés variables, sur l'entrée dans l'UE et la préservation des « intérêts du peuple serbe », c'est-à-dire le refus de la reconnaissance de l'indépendance du Kosovo et la défense de la « Republika Srpska » et de ses dirigeants, avec tout ce que cela représente comme menaces sur l'intégrité de la Bosnie-Herzégovine. Ivica Dacic s'est, sur ces sujets, montré le plus explicite en se prononçant clairement pour la partition du Kosovo et la réunion, à terme, de la RS à la Serbie.</p> <p class="spip">Ces considérations n'ont pas empêché le chef de la délégation de l'UE pour la Serbie, Vincent Degert, de se féliciter des bons résultats obtenus par les partis pro-européens. Formellement, il n'a pas tort puisque, sauf le DSS de Vojislav Kostunica et ses 21 députés, tous les partis représentés à l'Assemblée se disent pro-européens. Le parti radical ultra-nationaliste de Seselj n'a même pas pu atteindre la barre des 5%. Mais que penser de l'attachement aux « valeurs européennes » d'un parlement et d'un gouvernement qui dépendraient de partis et de dirigeants qui n'ont jamais remis fondamentalement en cause la politique qui a mené aux désastres des guerres yougoslaves et dont les positions actuelles sont grosses de tous les dangers pour la région ? Le successeur non repenti de Milosevic à la tête du gouvernement serbe, cela n'aurait aucune signification et aucune importance ?</p> <p class="spip">Association Sarajevo</p></div> Les ministres des affaires étrangères de l'Union européenne recommandent la candidature de la Serbie http://www.association-sarajevo.org/spip.php?article814 http://www.association-sarajevo.org/spip.php?article814 2012-02-28T19:24:11Z text/html fr Maurice LAZAR Les ministres des Affaires étrangères des 27 ont donné le 28 février un avis favorable à la candidature de la Serbie à l'UE., ce qui devrait conduire le Conseil de l'Union des 1° et 2 mars à lui octroyer le statut de candidat et fixer la date de l'ouverture des négociations en vue de l'adhésion. Celle-ci représente l'objectif principal du Président Boris Tadic et son meilleur atout pour que son parti et ses alliés l'emportent aux élections législatives du printemps. Le soutien à (...) - <a href="http://www.association-sarajevo.org/spip.php?rubrique27" rel="directory">Europe du Sud-Est</a> <div class='rss_texte'><p class="spip">Les ministres des Affaires étrangères des 27 ont donné le 28 février un avis favorable à la candidature de la Serbie à l'UE., ce qui devrait conduire le Conseil de l'Union des 1° et 2 mars à lui octroyer le statut de candidat et fixer la date de l'ouverture des négociations en vue de l'adhésion. Celle-ci représente l'objectif principal du Président Boris Tadic et son meilleur atout pour que son parti et ses alliés l'emportent aux élections législatives du printemps. Le soutien à l'équipe actuellement au pouvoir, supposée plus pro-européenne que l'opposition du SNS (parti progressiste serbe) et plus apte à favoriser la coopération régionale, a probablement joué un rôle déterminant dans la levée des refus des dernières capitales européennes opposées à la demande serbe. Après le ralliement de l'Allemagne aux vues de la plupart des autres pays membres de l'Union, il ne restait plus qu'à obtenir l'accord de la Roumanie, soucieuse des droits de la minorité valaque en Serbie, et de la Lituanie irritée par la candidature à la présidence de l'Assemblée générale des NU du ministre des affaires étrangères de Serbie Vuk Jeremic, contre son propre candidat. Il a fallu de longues heures de discussion pour venir à bout de ces réticences. La Lituanie serait au fond convaincue, selon les dires d'un diplomate, que l'accession de la Serbie à l'UE reviendrait à « y faire entrer une partie de la Russie ».</p> <p class="spip">Une première demande de la Serbie avait été repoussée en décembre dernier à la suite des violents incidents, avec mort d'hommes, qui avaient opposé dans le nord du Kosovo Serbes et militaires allemands de la KFOR et entravé les communications dans le secteur et avec la Serbie. La chancelière Angela Merkel avait alors exigé le démantèlement des institutions serbes présentes dans le nord du Kosovo, à la suite de quoi la diplomatie allemande avait fait poser par l'UE une série de conditions à la prise en compte de la candidature de la Serbie. Les plus importantes concernaient la « gestion intégrée des frontières » et la « coopération régionale ouverte à tous », autrement dit, que le Kosovo puisse participer sans discrimination aux réunions régionales. La Serbie voulait que le Kosovo n'y apparaisse que sous le parapluie de la MINUK (mission d'administration intérimaire des NU), avec le rappel de la résolution 1244 du Conseil de Sécurité sur le statut provisoire du Kosovo, signe pour Belgrade de l'appartenance du Kosovo à la Serbie.</p> <p class="spip">L'accord conclu à Bruxelles entre Kosovars et Serbes a finalement abouti à ce que la dénomination du Kosovo soit accompagnée d'une note renvoyant à la résolution du Conseil de Sécurité mais aussi à l'arrêt de la Cour internationale de justice qui a jugé que la proclamation de l'indépendance du Kosovo n'était pas contraire au droit international. Ce compromis sauve ainsi les apparences aux deux parties : la Serbie considère que le statut intérimaire de sa « province » édicté par la résolution 1244 reste en vigueur, avec la mention de sa souveraineté théorique ; le Kosovo estime que ce statut est devenu caduc par la proclamation de l'indépendance du pays, déclarée valide par le CIJ et reconnue par de nombreux Etats, à ce jour 87, dont 22 des 27 de l'UE. Contre les protestations de leurs oppositions respectives qui dénoncent des reculs inacceptables, les deux gouvernements se prétendent gagnants, celui de Belgrade pour n'avoir pas formellement reconnu l'indépendance du Kosovo, celui de Pristina pour avoir obtenu sa participation aux forums régionaux avec selon lui, une reconnaissance tacite de la part de la Serbie. Il est aussi prévu que des douaniers kosovars participeront aux contrôles des passages entre les deux pays. L'UE se félicite quant à elle des progrès accomplis dans le règlement des relations entre le Kosovo et la Serbie. Elle ne pourrait d'ailleurs pas imposer à Belgrade une reconnaissance de l'indépendance du Kosovo en bonne et due forme, puisque cinq de ses pays membres (Chypre, Espagne, Grèce, Roumanie, Slovaquie) s'y opposent encore.</p> <p class="spip">La Serbie est donc en passe de franchir un pas important sur le chemin de l'intégration européenne, qui sera long à parcourir autant en raison des difficultés qui assaillent la communauté d'accueil que des obstacles internes qui lui restent à surmonter pour mettre en oeuvre les réformes exigées par l'UE et plus encore peut-être par la nécessité d'instaurer une « coopération régionale » avec les pays voisins.</p> <p class="spip">Boris Tadic et ses ministres se vantent d'avoir réussi à maintenir envers et contre tous les deux objectifs majeurs de leur politique : l'intégration à l'Union européenne et la défense de la souveraineté serbe sur le Kosovo. Ils savent pourtant, et leur double opposition, l'ultranationaliste comme la pro-européenne, le leur rappelle à l'envi, qu'il s'agit là d'une illusion. Les autorités européennes n'accepteront pas d'admettre dans l'UE un pays qui nourrira des revendications territoriales contre un autre pays, dont la vocation à l'adhésion est, de surcroît, elle aussi reconnue. Le parti démocrate et ses alliés ont seulement obtenu un délai, un long délai, pour sortir du déni de réalité dont est affligée une grande partie de l'opinion serbe. C'est à quoi l'invite dès maintenant une fraction de la société politique de Serbie, avec l'alliance électorale que viennent de conclure l'encore jeune LDP (Parti social-libéral) dirigé par Cedomir Jovanovic et l'ancien SPO (Parti serbe du Renouveau) de Vuk Draskovic, qui après avoir été le chantre du nationalisme serbe à la fin des années 8O et au début des suivantes est revenu, non sans contorsions, de ses errements passés. Un succès aux prochaines élections, même relatif, permettrait à ce courant de peser sur les orientations du Parti démocrate de Boris Tadic, tiraillé entre des tendances diverses, dont celle du nationalisme extrême du ministre des affaires étrangères Vuk Jeremic. Celui-ci, de même que le vice-premier et ministre de l'intérieur Ivica Dacic, ancien proche collaborateur de Milosevic, cachent à peine qu'ils préfèreraient l'alliance avec la Russie de Poutine à l'adhésion à l'Union européenne. Ivica Dacic, qui a suivi les leçons de cynisme de son ancien mentor, a tout récemment déclaré : « Si l'UE et les Etats-Unis ne comprennent pas nos positions et se rangent toujours du côté des Albanais, il est normal de s'attendre à ce qu'une option politique vienne au pouvoir qui se tournera peut-être vers la Russie ».</p> <p class="spip">Les dirigeants serbes seront inévitablement amenés à choisir un jour entre l'UE et le Kosovo. L'autre problème non réglé qui empêche la stabilisation durable des relations entre les pays issus de la désintégration de la Yougoslavie est celui de la Bosnie-Herzégovine. Mais si les autorités européennes et internationales appellent sans relâche les dirigeants politiques bosniens à faire le nécessaire pour que leur pays soit gouverné, elles ne mentionnent jamais la part de responsabilité portée par Belgrade pour parvenir à ce but. Bien au contraire, c'est plutôt un brevet de bonne conduite qu'elles décernent à Boris Tadic, se contentant de sa repentance bien tempérée pour les crimes commis par Milosevic et ses sbires et de ses déclarations répétées sur son respect de la souveraineté et de l'intégrité de la BH. Elles négligent ce faisant l'appui que Belgrade renouvelle constamment à Milorad Dodik et, par voie de conséquence, à sa politique qui vise à la dissolution de la Bosnie-Herzégovine. Le dernier exemple en date de cette connivence remonte à la scandaleuse commémoration du 20° anniversaire de la création par Radovan Karadzic de ce qui allait devenir la Republika Srpska et préluder à la guerre. La participation à cette éclatante cérémonie des plus hautes autorités politiques, religieuses et culturelles serbes est une bonne preuve de la contradiction de la politique de la Serbie entre désir affiché de réconciliation et maintien des aspirations, des ressentiments et des haines qui ont conduit à la destruction de la BH. Là aussi, c'est le déni qui l'emporte, comme l'illustre le refus quasi-total du public de Serbie et de RS de regarder un film comme celui d'Angelina Jolie, qui n'est pourtant que le reflet de la réalité des années des guerres comme le confirment de nombreux témoins étrangers.</p> <p class="spip">Si les intervenants extérieurs ne peuvent pas grand-chose pour aider la société serbe à accomplir le travail de mémoire et de recherche de la vérité, qui lui revient en propre, ils peuvent du moins poser les conditions politiques à la pleine insertion de la Serbie dans son environnement européen, et parmi ces conditions, celles concernant l'établissement d'une Bosnie-Herzégovine refondée dans ses institutions, corrigeant celles de Dayton, sont primordiales. Sur ce point qui met directement en cause la politique de la Serbie, qui soutient au contraire le statu quo en BH, l'Union européenne demeure muette.</p> <p class="spip">Association Sarajevo</p></div> La Serbie toujours à la porte de l'UE,la Bosnie-Herzégovine invisible http://www.association-sarajevo.org/spip.php?article805 http://www.association-sarajevo.org/spip.php?article805 2011-12-10T17:05:37Z text/html fr Maurice LAZAR La tourmente de la crise financière et monétaire qui ébranle l'Union européenne a quand même laissé une place à la question de son élargissement aux Balkans occidentaux dans les délibérations et les conclusions du Conseil des chefs d'Etats et de gouvernements du 9 décembre. A entendre les dirigeants de l'Union et ceux des pays candidats ou qui aspirent à le devenir, le pouvoir d'attraction de l'Union demeure malgré tout élevé, au moins dans les sphères officielles. La signature du traité (...) - <a href="http://www.association-sarajevo.org/spip.php?rubrique27" rel="directory">Europe du Sud-Est</a> <div class='rss_texte'><p class="spip">La tourmente de la crise financière et monétaire qui ébranle l'Union européenne a quand même laissé une place à la question de son élargissement aux Balkans occidentaux dans les délibérations et les conclusions du Conseil des chefs d'Etats et de gouvernements du 9 décembre. A entendre les dirigeants de l'Union et ceux des pays candidats ou qui aspirent à le devenir, le pouvoir d'attraction de l'Union demeure malgré tout élevé, au moins dans les sphères officielles.</p> <p class="spip">La signature du traité d'adhésion avec la Croatie était acquise. Il reste à ce traité d'être approuvé par un référendum interne et ratifié par tous les pays de l'Union avant d'entrer en application en juillet 2013. Le Monténégro s'est vu promettre une ouverture des négociations d'adhésion en juin 2012 sous condition de progrès à accomplir.</p> <p class="spip">La décision la plus attendue était celle concernant la Serbie. Les dirigeants de Belgrade avaient fait le forcing pour obtenir une réponse positive à leur demande de candidature, notamment en concluant in extremis un accord sur le contrôle des passages des frontières (reconnues seulement comme limites administratives par les autorités serbes) entre la Serbie et le Kosovo. Ils avaient reçu l'appui de la grande majorité des pays de l'Union dont celui, marqué, de la France, qui veulent sans doute voir en Tadic le meilleur rempart contre le nationalisme. Mais un petit groupe d'entre eux s'y opposait, les Pays-Bas, le Royaume Uni et surtout l'Autriche et encore plus l'Allemagne, dont les soldats de la KFOR se trouvent aux prises avec les Serbes du Nord du Kosovo qui dressent les barricades. C'est finalement l'hostilité et l'intransigeance allemande qui l'ont emporté, le retour à une situation normale dans le Nord du Kosovo étant exigé, de même qu'un accord sur la représentation du Kosovo dans les forums régionaux dans les conditions non discriminatoires qu'implique la coopération régionale, ce que le Conseil a formulé comme suit :</p> <p class="spip">« …..Il [le Conseil européen] se félicite que Belgrade ait repris le dialogue avec Pristina et que la Serbie mette en oeuvre de bonne foi les accords conclus, et salue l'accord intervenu sur la gestion intégrée des frontières. En vue d'octroyer à la Serbie le statut de pays candidat, le Conseil européen charge le Conseil de vérifier et de confirmer que la Serbie a continué de faire preuve d'un engagement crédible et de progresser dans la mise en oeuvre de bonne foi des accords conclus dans le cadre du dialogue, y compris sur la gestion intégrée des frontières, qu'elle est parvenue à un accord concernant une coopération régionale ouverte à tous et qu'elle a activement coopéré avec la mission EULEX et la KFOR afin de leur permettre d'exécuter leurs mandats. A la lumière de cet examen, le Conseil prendra en février 2012 la décision d'octroyer à la Serbie le statut de pays candidat, une confirmation devant intervenir à cet égard lors de la réunion du Conseil européen de mars ».</p> <p class="spip">Il ressort de ce texte comme de nombreuses déclarations antérieures et postérieures à ce Conseil, émanant de personnalités européennes responsables, qu'il est demandé à la Serbie de reconnaître de fait, sinon de droit, l'indépendance du Kosovo admise par 22 pays de l'UE sur 27, et bientôt 23 sur 28. Ceci, quelle que soit la date de l'acceptation de la candidature de la Serbie. Or, et c'est toute la contradiction de la politique de Belgrade, le Président Boris Tadic prétend vouloir rejoindre l'Union européenne tout en refusant la reconnaissance explicite ou implicite, directe ou indirecte d'une réalité incontournable, contradiction dénoncée par l'opposition serbe, aussi bien ultra-nationaliste qu'européiste.</p> <p class="spip">La Bosnie-Herzégovine n'a, par contre, eu droit à aucune mention dans les conclusions de ce Conseil européen. Son sort avait été réglé par le Conseil des ministres des Affaires étrangères du 5 décembre, qui lui avait infligé la plus mauvaise note depuis les années que les diverses autorités européennes égrènent leurs jugements à son sujet : pas de gouvernement [depuis 14 mois] et rien des réformes nécessaires à la candidature à l'UE, appel réitéré au sens des responsabilités des dirigeants bosniens pour y remédier, nécessité d'un Etat efficient par des réformes constitutionnelles, etc…Les ministres ont néanmoins réaffirmé leur engagement en faveur de la perspective européenne de la BH, faisant confiance pour la renforcer au représentant de l'UE, Peter Sorensen, qu'ils ont nommé pour ce faire. Ils ont aussi posé la question de la « reconfiguration » de la présence internationale en BH, avec la possible « délocalisation » du Haut-Représentant Valentin Inzko. On en parlera certainement à la prochaine réunion du PIC (Conseil de mise en œuvre des accords de Dayton).</p> <p class="spip">Comme d'habitude, rien n'a été dit du problème fondamental de la BH, qui est celui du système politique non viable issu des accords de Dayton et de la manière de le réformer ou plutôt de le refonder, car cela exigerait que les responsables européens sortent du ronron de leur discours sur l'appel aux bons sentiments des dirigeants bosniens et spécialement de ceux des dirigeants de la RS et du principal d'entre eux, le président de l'entité serbe, Milorad Dodik qui, jour après jour, prône la dissolution de la Bosnie-Hertzégovine dont l'UE prétend défendre l'intégrité. Faut-il rappeler que l'UE s'est dotée en mars dernier de moyens de sanctionner les personnes qui portent atteinte à la souveraineté et à l'intégrité territoriale de la BH ?</p> <p class="spip">Faut-il aussi rappeler que la « coopération régionale », justement invoquée par l'Union européenne à propos des rapports entre la Serbie et le Kosovo, pourrait et devrait aussi l'être à propos des rapports entre la Serbie et la Bosnie-Herzégovine, comme l'argumentait la lettre adressée en mai dernier par plusieurs associations et personnalités à Alain Juppé ? ( Voir le site de l'Association Sarajevo, en date du 4 mai 2011). Sous d'autres formes, et plus insidieusement que vis-à-vis du Kosovo, en soutenant inconditionnellement l'action de Milorad Dodik, Boris Tadic et son gouvernement sapent l'intégrité de la Bosnie-Herzégovine, ce qui constitue une grave menace pour les Balkans occidentaux.</p> <p class="spip">Association Sarajevo</p></div> Absurdité et confusion http://www.association-sarajevo.org/spip.php?article803 http://www.association-sarajevo.org/spip.php?article803 2011-11-20T14:11:56Z text/html fr Maurice LAZAR Dans les grands chamboulements des crises mondiale et européenne, la situation singulière des pays de l'ex-Yougoslavie qui ne se sont pas remis des conflits et des guerres des années 90 paraît plus que jamais absente des préoccupations et des interrogations des grands médias. Il faut que l'insolite et l'absurde ressortent particulièrement de certaines informations pour que celles-ci passent le barrage du silence. Il en va ainsi de la « condamnation » de Florence Hartmann par le TPI à sept (...) - <a href="http://www.association-sarajevo.org/spip.php?rubrique27" rel="directory">Europe du Sud-Est</a> <div class='rss_texte'><p class="spip">Dans les grands chamboulements des crises mondiale et européenne, la situation singulière des pays de l'ex-Yougoslavie qui ne se sont pas remis des conflits et des guerres des années 90 paraît plus que jamais absente des préoccupations et des interrogations des grands médias. Il faut que l'insolite et l'absurde ressortent particulièrement de certaines informations pour que celles-ci passent le barrage du silence. Il en va ainsi de la « condamnation » de Florence Hartmann par le TPI à sept jours de prison pour avoir refusé de verser directement à ce tribunal les 7OOO € de l'amende qu'il lui avait infligée pour avoir, non divulgué, mais mentionné et analysé, en sa qualité de journaliste et d'écrivain, l'accord passé avec les autorités serbes afin de dissimuler les preuves capitales de l'agression de la Serbie de Milosevic contre la Bosnie-Herzégovine, ce qui a eu des conséquences considérables, notamment pour modérer le verdict de la Cour internationale de Justice dans l'affaire de la plainte de la BH contre la Serbie, qui a ainsi pu échapper au verdict le plus lourd. Florence Hartmann a préféré consigner cette somme sur le compte bancaire de son comité de soutien, à charge pour le TPI d'en demander la saisie aux autorités françaises qui auraient alors à arbitrer entre leur obligation de coopérer avec le TPI en exécutant le 142° mandat d'arrêt international lancé par le tribunal et celle de se conformer à la Convention européenne des droits de l'homme en matière de protection de la liberté des journalistes et d'administration d'une bonne justice. Les magistrats du TPI se sont, en effet, en l'occurrence mis en position d'être à la fois juges et parties. Dans les commentaires de cette décision du Président du TPI, l'indignation se mêle justement de dérision à l'idée de voir Florence Hartmann partager sept jours de sa vie dans une cellule voisine de celles de Karadzic, Mladic ou Seselj….</p> <p class="spip">Mais, à y bien regarder, l'absurdité et la confusion sont la règle en ce qui concerne la région, qu'il s'agisse des discussions générales sur son avenir européen, alors que l'Union européenne est en pleine crise existentielle et que son élargissement devient de plus en plus problématique, ou des problèmes propres à chacun de ses pays.</p> <p class="spip">La Serbie est dans l'attente de la décision du Conseil européen qui doit statuer le 9 décembre sur sa demande de candidature à l'UE, en fait suspendue à l'amélioration des relations entre Belgrade et Pristina tandis que la situation dans le nord du Kosovo demeure tendue et que la mésentente règne partout, aussi bien entre les deux capitales qu'au sein du gouvernement de Belgrade, empêtré et divisé par ses contradictions, en lui-même et par rapport aux Serbes du Kosovo travaillés par l'opposition ultra-nationaliste. 20.000 Serbes de la « province » auraient demandé la citoyenneté russe, aux dires du Ministre des Affaires étrangères serbe Vuk Jeremic, qui l'interprète comme un appel au secours, somme toute légitime. Cela, la demande comme l'appréciation du ministre, en dit long sur les tendances profondes de la société serbe, partagée entre européanisme et affinités russo-orthodoxes.</p> <p class="spip">Quant à la Bosnie-Herzégovine, c'est « rien de nouveau à signaler » : toujours pas de gouvernement, même stagnation, mêmes oppositions, rapport du Haut-Représentant Valentin Inzko au Conseil de Sécurité, en date du 15 novembre, plus négatif que jamais, avec mauvais points accentués pour les dirigeants de la RS et des deux partis nationalistes croates HDZ. L'information relativement nouvelle est que l'Allemagne se soit déclarée au Conseil de Sécurité pour une « délocalisation à l'étranger » du Bureau du Haut-Représentant, ce qui préluderait à sa suppression, en faveur de l'accroissement du rôle du Représentant spécial de l'UE., Peter Sorensen, en poste depuis début septembre. On s'acheminerait dès lors vers un pilotage européen exclusif de l'intervention internationale en BH, solution qui aurait aussi, au sein de l'UE, la faveur de la France et de l'Espagne. La Russie a depuis longtemps exprimé l'avis que soit abolie la fonction de Haut-Représentant de la Communauté internationale, qu'entendent toujours préserver les Etats-Unis, le Royaume-Uni et la Turquie. S'il paraît logique et naturel que l'Union européenne s'implique en première dans la résolution de la question bosnienne, la grande incohérence de la politique qu'elle a menée jusqu'ici en la matière a de quoi inquiéter pour la suite, dans les circonstances actuelles de délitement de la construction européenne, doublé de l'influence de l'adjoint de Catherine Ashton, le diplomate slovaque Miroslav Lajcak, qui ne se pose pas en partisan fanatique de l'intégrité et de l'unité de la Bosnie-Herzégovine, bien au contraire.</p> <p class="spip">Association Sarajevo</p></div> La Serbie,le Kosovo,la Bosnie et l'Union européenne http://www.association-sarajevo.org/spip.php?article796 http://www.association-sarajevo.org/spip.php?article796 2011-08-26T11:34:27Z text/html fr Maurice LAZAR Les déclarations d'Angela Merkel lors de sa visite à Belgrade le 23 août, relatives aux relations entre Belgrade et Pristina, ont visiblement sonné les dirigeants serbes, en les ramenant à la réalité de l'indépendance du Kosovo reconnue par la grande majorité des pays de l'Union européenne, réalité dont ils doivent tenir compte s'ils veulent faire aboutir la candidature de leur pays à l'Union européenne. Si la chancelière d'Allemagne ne leur a pas expressément réclamé une (...) - <a href="http://www.association-sarajevo.org/spip.php?rubrique27" rel="directory">Europe du Sud-Est</a> <div class='rss_texte'><p class="spip">Les déclarations d'Angela Merkel lors de sa visite à Belgrade le 23 août, relatives aux relations entre Belgrade et Pristina, ont visiblement sonné les dirigeants serbes, en les ramenant à la réalité de l'indépendance du Kosovo reconnue par la grande majorité des pays de l'Union européenne, réalité dont ils doivent tenir compte s'ils veulent faire aboutir la candidature de leur pays à l'Union européenne. Si la chancelière d'Allemagne ne leur a pas expressément réclamé une reconnaissance formelle, pour le moment hors de portée d'un gouvernement serbe, sa demande d'un démantèlement des institutions parallèles serbes du nord du Kosovo équivaut à l'exigence d'un retrait total des autorités de Belgrade de la parcelle du territoire kosovar où elles subsistent. Cette demande a immédiatement été rejetée par le Président Boris Tadic. Il devient dans ces conditions de plus en plus difficile à la coalition dirigée par Boris Tadic de prétendre que la Serbie n'aurait pas à choisir entre l'UE et le Kosovo, illusion dénoncée tant par les nationalistes fidèles à leurs convictions, tel Vojislav Kostunica, que par les proeuropéens conséquents de la mouvance antinationaliste, toujours très minoritaires. Boris Tadic a reconnu que la candidature serbe pourrait ne pas être agréée cette année, mais il persiste à affirmer qu'il lui sera possible d'atteindre simultanément ses deux objectifs prioritaires : l'intégration à l'UE et le maintien du refus de l'indépendance du Kosovo.</p> <p class="spip">Le ministre des affaires étrangères de Serbie Vuk Jeremic est allé s'entretenir en Bosnie-Herzégovine de la question du Kosovo, quelques jours avant la séance qui doit se tenir sur ce sujet au Conseil de Sécurité, dont la BH est actuellement membre. Mais plutôt que de rencontrer son homologue bosnien Sven Alkalaj à Sarajevo, il a préféré voir, à Banja Luka, le président de la RS Milorad Dodik qui l'a bien sûr assuré de son soutien à la position de Belgrade, position qui sera défendue au sein de la présidence tripartite de la BH par le représentant serbe, Nebojsa Radmanovic. Mais si Milorad Dodik s'aligne officiellement sur Belgrade, il le fait seulement en signe de solidarité avec la Serbie. Il est quant à lui acquis à l'idée du rattachement du seul nord du Kosovo à la Serbie, comme il l'a exposée le 28 juillet 2010 à la veille du débat qui devait se tenir aux Nations Unies à la suite de la décision de la Cour internationale de justice sur la légalité de la proclamation d'indépendance du Kosovo : « La Serbie devra revenir à la raison. Le Kosovo fait de moins en moins partie de la Serbie. Je comprends qu'il est très difficile de renoncer au Kosovo et je pense qu'aucun homme politique [serbe] ne peut le faire...Pourquoi ne pas poser des conditions : si vous nous demandez de reconnaître l'indépendance d'une partie du Kosovo, nous demandons que le nord de la province reste à la Serbie.....Nous [les Serbes de BH] demandons à présent que nos droits soient clairement établis pour être en mesure d'agir à l'avenir comme le font actuellement les Albanais. » (voir le site de la station B92, 28-7-2010). Cette déclaration, parmi d'autres, était dans la ligne de la résolution que l'Assemblée de la RS avait adoptée en février 2008, en réaction à la proclamation de l'indépendance du Kosovo. Les termes de cette résolution étaient clairs : « si un nombre significatif des membres de l'ONU, notamment des membres de l'UE, reconnaissent l'indépendance du Kosovo...l'Assemblée pense qu'il s'agirait d'un précédent dans la reconnaissance du droit à l'autodétermination, dont celui à la sécession...Dans une telle situation, la RS serait en droit d'organiser un référendum pour décider de son statut étatique ». Milorad Dodik se trouve ainsi en parfaite communion d'idées avec plusieurs importants responsables serbes, dont le vice-premier ministre et ministre de l'intérieur du gouvernement, Ivica Dacic, qui s'est prononcé pour un partage du Kosovo et une même solution pour la Bosnie-Herzégovine. D'après le compte-rendu de la rencontre entre Dodik et Jeremic communiqué par B92 le 25-8, Jeremic aurait informé Dodik des positions exposées par la chancelière Angela Merkel durant sa visite à Belgrade et ajouté que celles-ci constituaient d' « importants messages qui auront des conséquences stratégiques sur la situation des Balkans occidentaux ».Ces « conséquences stratégiques », non spécifiées par Vuk Jeremic, doivent probablement se comprendre dans le cadre de ce qu'un commentaire paru sur le site en français de la radio de Belgrade www.glassrbije.org du 8-7-2011 appelait « la région comme polygone politique ». Il y était expliqué que les déclarations de Boris Tadic à Sarajevo en juillet dernier, sur le respect de l'intégrité territoriale de la BH, concernaient la souveraineté de tous les membres de l'ONU, et qu'une atteinte aux frontières de l'un de ceux-ci (sous-entendu la Serbie) mettrait en péril celles de tout autre, (sous-entendu la Bosnie-Herzégovine), dont la Republika Srpska serait alors incitée à se détacher. Chaque fois que Boris Tadic se prononce en faveur de la souveraineté et de l'intégrité territoriale de la BH, il ne manque pas de souligner qu'il attend réciproquement le respect de la souveraineté et de l'intégrité de la Serbie, telles qu'il les entend, à savoir Kosovo inclus, ce qui ressort également de toutes les déclarations de Vuk Jeremic.</p> <p class="spip">C'est dire, qu'avec des nuances dans les expressions, Tadic, Dacic, Jeremic et Dodik partagent les mêmes opinions sur l'avenir de la Bosnie-Herzégovine dont ils attendent la dislocation pour compenser la « perte » du Kosovo par le rattachement de la RS à la Serbie. La stratégie de pourrissement de la situation en BH menée depuis des années par Milorad Dodik en concertation avec Belgrade ne vise pas à autre chose et l'impossibilité de former un gouvernement central en BH, onze mois après les élections, n'est que le dernier signe du succès de cette stratégie. Faute d'interlocuteurs fiables, Angela Merkel a renoncé à se rendre à Sarajevo. On peut dès lors s'étonner que l'Union européenne, tournée en priorité vers le Kosovo, accorde si peu d'importance à la Bosnie-Herzégovine et qu'elle baisse les bras devant une situation qui représente actuellement le plus grand danger pour la paix dans la région. C'est une députée de l'opposition serbe, Vesna Pesic, qui lance le cri d'alarme nécessaire en accusant les autorités serbes de déstabiliser la région, y compris en favorisant la désintégration de la Bosnie-Herzégovine. Selon elle, ce n'est « qu'une fois que la Serbie aura définitivement résolu le problème de ses frontières, qu'elle sera sérieusement prête à rejoindre l'Union européenne. Le nationalisme serbe doit être contré pour que la Serbie rejoigne l'Europe » (B92, 24-8)</p> <p class="spip">Association Sarajevo</p></div> Rencontre des chefs d'Etat bosniens, croate et serbe à Brioni. http://www.association-sarajevo.org/spip.php?article790 http://www.association-sarajevo.org/spip.php?article790 2011-07-19T17:00:18Z text/html fr Maurice LAZAR L'échec de la candidature de Slavo Kukic pour le poste de Premier ministre du gouvernement de la Bosnie-Herzégovine, soutenue par la coalition des quatre partis au pouvoir dans la Fédération, a prouvé s'il en était besoin, que sous l'emprise de la Constitution de Dayton, il ne suffisait pas de disposer d'une majorité parlementaire pour gouverner le pays, mais qu'il fallait aussi recueillir un minimum d'accord dans chacune des entités qui forment l'Etat. Le mince espoir des initiateurs de (...) - <a href="http://www.association-sarajevo.org/spip.php?rubrique27" rel="directory">Europe du Sud-Est</a> <div class='rss_texte'><p class="spip">L'échec de la candidature de Slavo Kukic pour le poste de Premier ministre du gouvernement de la Bosnie-Herzégovine, soutenue par la coalition des quatre partis au pouvoir dans la Fédération, a prouvé s'il en était besoin, que sous l'emprise de la Constitution de Dayton, il ne suffisait pas de disposer d'une majorité parlementaire pour gouverner le pays, mais qu'il fallait aussi recueillir un minimum d'accord dans chacune des entités qui forment l'Etat. Le mince espoir des initiateurs de cette candidature, d'abord les dirigeants du SDP ( parti social-démocrate dirigé par Zlatko Lagumdzija), de fissurer le bloc serbe de la RS, au moins par l'abstention du tiers de ses députés à la Chambre des représentants, ne s'est pas accompli. Il faudra donc, pour constituer un semblant de gouvernement central, s'en retourner à la pratique établie de la répartition des portefeuilles sur des critères principalement ethniques, entre partis que tout oppose, ce qui exclut toute action cohérente pour réaliser les réformes nécessaires au rapprochement de la BH de l'UE, objectif verbalement souhaité par tous, sans qu'ils se donnent les moyens de l'atteindre. Si le principe d'un Premier ministre de nationalité croate est acquis, tout le reste est en discussion. Il n'y a, pour le moment, pas d'accord sur la personne du titulaire de ce poste. Le HDZ-BiH de Dragan Covic, principal allié de Milorad Dodik, tient à ce que ce soit Borjana Kristo, récusée catégoriquement par le SDP, le SDA et leurs partenaires croates, qui préféreraient un membre du HDZ-1990, plus réticent à trop s'engager au côté du Président de la RS. Le SDP maintient l'exigence de recevoir un des ministères dévolus à un Croate, et dans le marchandage sur la répartition des portefeuilles, Milorad Dodik refuse que celui des Affaires étrangères revienne à Zlatko Lagumdzija, accusé en RS de tous les maux, y compris celui de poursuivre la politique de…Milosevic. Les tractations pour surmonter ces difficultés peuvent durer encore longtemps à moins que la pression internationale qui s'exerce sur les dirigeants bosniens ne les amène à les abréger pour parvenir au rafistolage dont le seul mérite serait d'exister.</p> <p class="spip">Cette vacance prolongée de ce que l'on n'ose appeler le « pouvoir » n'a pas empêché les trois membres de la Présidence de BH de participer à la réunion tripartite, la première du genre, des chefs d'Etat de BH, de Croatie et de Serbie, qui s'est tenue le 18 juillet à Brioni, sur invitation du Président de Croatie Ivo Josipovic. Le thème dominant de cette rencontre informelle a été le processus de l'intégration européenne des trois pays, dans lequel ils connaissent des situations très dissemblables, la Croatie sur le point d'arriver au port, la Serbie dans l'attente du statut de candidat qu'elle espère décrocher avant la fin de l'année, la Bosnie-Herzégovine très loin derrière. Des informations de presse font état du vif mécontentement qu'auraient exprimé Ivo Josipovic et Boris Tadic à l'encontre de leur collègue, président en exercice de la Présidence bosnienne, Zeljko Komsic, en raison de ses critiques des interventions de Belgrade et de Zagreb dans les affaires intérieures de la BH. Il n'en est rien apparu publiquement. Tous les participants se sont déclarés satisfaits de leurs entretiens qui ont porté sur la réconciliation, la coopération régionale, l'aide mutuelle dans leur progression vers l'UE. Les présidents de Croatie et de Serbie ont exclu toute immixtion dans les affaires intérieures de la BH et Boris Tadic toute volonté de donner à la Serbie un rôle dominant dans la région. Dans ce flot de paroles apaisantes et rassurantes, on remarquera toutefois celles de Boris Tadic concernant les affaires de justice, qui ont été elles aussi évoquées : « Comme président serbe, je n'interviens pas dans les procédures judiciaires, mais mon travail est d'assurer que tous les suspects comparaissent devant la justice ». Pour le dire clairement, cela signifie que, dans l'esprit de Boris Tadic, le « suspect » Jovan Divjak doit comparaître devant un tribunal de Belgrade comme le « suspect » Ratko Mladic devant le TPI à La Haye.</p> <p class="spip">C'est contre cette scandaleuse assimilation qui ruine la sincérité des voeux de « réconciliation » de Boris Tadic, qu'après la série d'actions menées à l'initiative de nombreuses personnalités et associations pour sommer les autorités autrichiennes de libérer Jovan Divjak de son assignation à résidence (voir les lettres et communiqués publiés sur le site de l'Association Sarajevo) se sont élevés d'éminents artistes et intellectuels de Sarajevo, à l'appel du cinéaste Haris Pasovic. Ils ont interpellé les autorités autrichiennes coupables d'avoir suivi la « justice » serbe sur un dossier vide, mais aussi celles de leur propre pays qui ne font rien, bien au contraire, pour délivrer Jovan Divjak de sa cage viennoise. Mais comment pourrait-il en être autrement puisqu'il n'y a pas, à proprement parler, d'autorité gouvernementale en Bosnie-Herzégovine et que le Premier ministre et son ministre de la justice, qui règlent les affaires courantes, sont le premier, membre du parti SNSD de Milorad Dodik et le second celui du HDZ-BiH, principal allié ce même Milorad Dodik qui veut arrêter Jovan Divjak pour l'envoyer à Belgrade, s'il met le pied en RS ? Parfait exemple de l'absurdité et de la nocivité d'un système politique, imposé en dépit du bon sens, où c'est la minorité qui est en mesure d'imposer sa loi à la majorité, quitte à détruire le pays.</p> <p class="spip">Association Sarajevo</p></div> Boris Tadic à Sarajevo http://www.association-sarajevo.org/spip.php?article788 http://www.association-sarajevo.org/spip.php?article788 2011-07-07T16:50:59Z text/html fr Maurice LAZAR La visite officielle du Président de Serbie Boris Tadic à Sarajevo, le 6 juillet, est un événement en soi. C'est la première du genre, après les nombreuses autres qu'il a effectuées en Republika Srpska, à Banja Luka, Pale et Srebrenica, où en 2010, il a rendu hommage aux victimes du massacre de juillet 1995, qualifié de génocide par le TPIY, terme qu'il n' a pas repris. Ce moment s'inscrit dans le cadre général d'une politique dont l'objectif prioritaire est l'adhésion de la Serbie à (...) - <a href="http://www.association-sarajevo.org/spip.php?rubrique27" rel="directory">Europe du Sud-Est</a> <div class='rss_texte'><p class="spip">La visite officielle du Président de Serbie Boris Tadic à Sarajevo, le 6 juillet, est un événement en soi. C'est la première du genre, après les nombreuses autres qu'il a effectuées en Republika Srpska, à Banja Luka, Pale et Srebrenica, où en 2010, il a rendu hommage aux victimes du massacre de juillet 1995, qualifié de génocide par le TPIY, terme qu'il n' a pas repris.</p> <p class="spip">Ce moment s'inscrit dans le cadre général d'une politique dont l'objectif prioritaire est l'adhésion de la Serbie à l'Union européenne, dont une des conditions principales est l'instauration de rapports de bon voisinage et de coopération avec tous les pays de la région. Les autorités européennes ont noté avec satisfaction l'établissement de relations suivies et cordiales entre Belgrade et Zagreb et plus encore le dialogue entre Belgrade et Pristina qui vient d'aboutir à des accords pour améliorer les conditions de la vie quotidienne des populations concernées, dans l'attente d'un règlement définitif, hypothéqué par le tabou serbe de la non reconnaissance de l'indépendance du Kosovo.</p> <p class="spip">L'étape de Sarajevo était essentielle pour que Boris Tadic puisse y répéter la phrase sacramentelle attendue de lui sur la "souveraineté et l'intégrité de la Bosnie-Herzégovine". Il l'a fait sans rechigner, en ajoutant l'engagement, non moins rituel, de non ingérence dans la politique intérieure bosnienne. Toute solution acceptée par les "deux entités" et les "trois peuples" de BH est d'avance approuvée par la Serbie. Il n'y avait aucun risque qu'il lui soit publiquement objecté que la pratique de la politique de Belgrade contredisait ces principes puisque la parole officielle de la Bosnie-Herzégovine est actuellement portée par le président en exercice de la présidence collégiale, Nebojsa Radmanovic, du même parti SNSD que le Président de la RS, Milorad Dodik. C'est Zeljko Kacin, rapporteur pour la Serbie au Parlement européen, qui s'est chargé de faire observer au Président de la Serbie qu' "il était nécessaire que ses paroles soient accompagnées d'une politique adéquate et d'une approche cohérente de la part de Belgrade". Les constants témoignages de soutien de Belgrade aux dirigeants de la RS ne sont pas des signes de cette cohérence souhaitée par l'euro-député slovène. L'affaire du référendum projeté par l'Assemblée de la RS à l'instigation de Dodik, condamné par l'UE et la Communauté internationale, à l'exception de la Russie, et approuvé par la Serbie est un exemple éclatant de ce soutien de Belgrade à l'action de désintégration de la BH par les dirigeants de la RS. La non ingérence dans les affaires intérieures de la BH est démentie par les remarques négatives faites par Boris Tadic à propos de la formation du gouvernement de la Fédération.</p> <p class="spip">Si les milieux politiques de la RS ne goûtent que modérément la politique d'ouverture que Boris Tadic se targue de mener au prix, dit-il, d'être taxé de trahison par les extrémistes serbes, la solidarité foncière des autorités serbes des deux côtés de la Drina n'est pas entamée. Pour preuve, à la session du Conseil de l'Internationale socialiste tenue à Athènes début juillet, Boris Tadic (président du parti démocrate serbe, membre de l'IS) est personnellement intervenu pour prendre la défense du parti de Dodik, le SNSD (Alliance des sociaux-démocrates indépendants) lui aussi membre de l'IS, menacé d'être suspendu. Il a obtenu que la décision soit reportée au mois de septembre pour que l'enquête en cours par le Comité d'éthique de l'IS continue. Selon Boris Tadic, la non conformité de la politique de Dodik aux valeurs de la social-démocratie ( défendues en outre par le SDP, également membre de l'IS) resterait à prouver...Milorad Dodik a, en tout cas, déjà trouvé un appui international de rechange : à celui de l'Internationale socialiste, qu'il estime dévalorisée, il substituera celui du parti « Russie unie » de Vladimir Poutine...Quoi qu'il en soit de ces interprétations diverses de la doctrine social-démocrate, le Parti démocrate de Boris Tadic et le SNSD de Milorad Dodik partagent une parenté de vues sur la nature de la guerre de 92-95 en BH : il s'agissait de défendre le peuple serbe contre la menace d'une domination musulmane ou islamiste et la RS a été créée pour parer à cette menace. Si Tadic ne prend pas la défense de Mladic comme le fait Dodik, il n'en considère pas moins que tous les crimes commis pendant ces guerres doivent être jugés en tant que tels, ceux de Ratko Mladic comme ceux de Jovan Divjak, quitte à ce que les procès confirment ou infirment les présomptions de culpabilité. C'est ce que Boris Tadic a dit aussi à Sarajevo, persistant ainsi à égaliser les responsabilités et les crimes de toutes les « parties » d'un conflit dont il veut ignorer les causes, alors que l'initiateur principal des guerres yougoslaves des années 90 a été le nationalisme grand-serbe, porté par le régime de Milosevic, mais soutenu bien au-delà.</p> <p class="spip">On pourra considérer la visite de Boris Tadic à Belgrade comme un pas en avant dans la normalisation des rapports entre la Bosnie-Herzégovine et la Serbie. On ne pourra pas dire, pour autant, qu'elle aura fait avancer la « réconciliation » dont le Président serbe se fait l'apôtre. Car la vraie réconciliation demande la reconnaissance de la réalité des faits et non leur oubli. Des faits du passé qui sont ceux de la destruction du pays par l'armée et les milices dont l'action était encore célébrée il y a quelques jours par les autorités de la RS. Des faits d'aujourd'hui qui sont ceux de la continuation de la division du pays imposée par la violence de la purification ethnique, division revendiquée par ces mêmes autorités de Banja Luka, qui veulent encore la renforcer, avec l'appui maintenu de Belgrade.</p> <p class="spip">Association Sarajevo</p></div> Boris Tadic et la Bosnie-Herzégovine http://www.association-sarajevo.org/spip.php?article783 http://www.association-sarajevo.org/spip.php?article783 2011-06-17T13:54:45Z text/html fr Maurice LAZAR Il s'avère que la récente proposition du vice-premier ministre et ministre de l'intérieur du gouvernement serbe, Ivica Dacic, de partager le Kosovo entre la Serbie et l'Albanie, n'était pas qu'un ballon d'essai lancé à tout hasard. Le dirigeant du principal parti d'opposition SNS ( parti progressiste serbe), Tomislav Nikolic, l'a reprise à son compte, et mieux encore, le président Boris Tadic la présente comme une idée qui a sa place dans le débat sur la recherche d'une solution au (...) - <a href="http://www.association-sarajevo.org/spip.php?rubrique27" rel="directory">Europe du Sud-Est</a> <div class='rss_texte'><p class="spip">Il s'avère que la récente proposition du vice-premier ministre et ministre de l'intérieur du gouvernement serbe, Ivica Dacic, de partager le Kosovo entre la Serbie et l'Albanie, n'était pas qu'un ballon d'essai lancé à tout hasard. Le dirigeant du principal parti d'opposition SNS ( parti progressiste serbe), Tomislav Nikolic, l'a reprise à son compte, et mieux encore, le président Boris Tadic la présente comme une idée qui a sa place dans le débat sur la recherche d'une solution au problème des relations entre Albanais et Serbes. Bien que contrevenant au tabou du Kosovo partie à jamais intégrante de la Serbie,la question de la partition est publiquement posée au nom du "réalisme" invoqué par Ivica Dacic.</p> <p class="spip">Dans la logique exposée par celui-ci, la partition et le rattachement du Kosovo à la Serbie devraient entraîner les mêmes conséquences pour la Bosnie-Herzégovine avec la sécession puis le rattachement de la RS à la mère-patrie. Boris Tadic se garde de formuler pareille hypothèse. Il vient au contraire, dans une interview à la RTS (télévision de Serbie), de réaffirmer son attachement à la souveraineté et à l'intégrité de la Bosnie-Herzégovine. Il a assuré que la Serbie n'avait nullement l'intention de s'ingérer dans les affaires de la BH ni d'imposer des solutions aux dirigeants de la RS, son rôle se limitant à aider au dialogue dans le pays. Il a répudié toute visée hégémonique dans la région et invité les Serbes vivant en dehors de la Serbie à se comporter en citoyens loyaux de leur pays.</p> <p class="spip">Ces déclarations interviennent alors que tous les dirigeants serbes, Boris Tadic en tête, mènent une intense campagne diplomatique pour obtenir de Bruxelles, après la livraison de Mladic au TPI, l'acceptation de la candidature serbe à l'UE et l'ouverture immédiate des négociations pour l'adhésion, dès la fin d'année. Pour clairs que soient ces tout derniers propos de Boris Tadic, ils ne peuvent effacer ceux, sensiblement dissonants, qu'il tenait il y a encore peu de temps, de concert avec son ministre des affaires étrangères Vuk Jeremic. L'un et l'autre liaient en effet implicitement la reconnaissance de l'intégrité de la Bosnie-Herzégovine à celle de la Serbie, entendue au sens de la constitution serbe qui mentionne l'appartenance du Kosovo à la Serbie. Si l'UE, dont cinq pays membres n'ont pas reconnu l'indépendance du Kosovo, n'exige pas de la Serbie qu'elle la reconnaisse pour pouvoir accéder au statut de candidat, elle fait néanmoins du règlement définitif de la question une condition de l'adhésion proprement dite. Le commissaire à l'élargissement Stefan Füle l'a encore rappelé le 16 juin en ces termes : "Je ne vois pas la Serbie dans l'UE tant que la question du Kosovo ne sera pas résolue".</p> <p class="spip">Relativement explicites sur le Kosovo, les dirigeants européens n'évoquent par contre jamais, au moins publiquement, la responsabilité de la Serbie au regard de l'établissement d'un Etat viable en Bosnie-Herzégovine, condition essentielle du maintien de cette souveraineté et intégrité auxquelles Belgrade se déclare pleinement attachée. Ils pourraient à tout le moins faire observer au président Tadic que la position de la Serbie lors de la réunion du Conseil de sécurité de l'ONU du 9 mai était diamétralement opposée sur ce sujet à celle de l'UE. S'agissant du projet de référendum sur les institutions judiciaires centrales de BH adopté par l'Assemblée de la Republika Srpska, le compte-rendu de la séance du Conseil note : " Pour l'UE, [le référendum] aboutirait "à la mise en cause de l'intégrité et la souveraineté de la Bosnie-Herzégovine et à la récusation de la légitimité de la Cour constitutionnelle et d'autres institutions nationales"…….."En revanche, la Fédération de Russie et la République de Serbie se sont montrées d'un avis contraire….. Le [représentant] serbe a jugé qu'un tel référendum ne contrevenait en rien aux Accords de Dayton et à l'intégrité territoriale du pays". Ces quelques lignes mesurent le fossé qui sépare l'UE et la Serbie quant à leurs conceptions respectives de l'intégrité de la BH et du rôle dissolvant des dirigeants de la RS.</p> <p class="spip">La non-ingérence de la Serbie dans les affaires intérieures de la BH, revendiquée par Boris Tadic, est par ailleurs hautement contestable. Outre le soutien de principe accordé, quoi qu'il fasse et dise, à Milorad Dodik, ce qui est déjà un signe de partialité, comment qualifier la prise de position de Boris Tadic qui juge illégitimes, comme Milorad Dodik et ses alliés croates, les autorités de la Fédération croato-bosniaque ? Sur ce point encore,le fervent proeuropéen se prononce à l'encontre des autorités européennes qui reconnaissent, elles, le nouveau gouvernement de la Fédération.</p> <p class="spip">Il est dès lors regrettable que Bruxelles et les capitales européennes ne posent pas à la Serbie, publiquement et distinctement, la question du soutien qu'elle apporte aux activités des dirigeants de la RS qui, en continuant de rendre impossibles les réformes nécessaires à la BH pour qu'elle s'érige en un Etat viable, mettent en cause l'unité et la souveraineté de ce pays et par là, la stabilité de la région.</p> <p class="spip">Association Sarajevo</p></div> Ivica Dacic veut remodeler les Balkans http://www.association-sarajevo.org/spip.php?article780 http://www.association-sarajevo.org/spip.php?article780 2011-06-01T14:58:50Z text/html fr Maurice LAZAR Ivica Dacic, vice-premier ministre et ministre de l'Intérieur du gouvernement serbe, après avoir récemment proposé la partition du Kosovo comme solution au conflit qui oppose Belgrade à Pristina, vient de faire, dans une interview à l'hebdomadaire "Nin", un pas de plus en direction de ce qu'il considère comme un règlement global des problèmes de la région, en préconisant le rattachement à l'Albanie de ce Kosovo privé de sa partie nord,de même que le rattachement de la Republika Srpska à la (...) - <a href="http://www.association-sarajevo.org/spip.php?rubrique27" rel="directory">Europe du Sud-Est</a> <div class='rss_texte'><p class="spip">Ivica Dacic, vice-premier ministre et ministre de l'Intérieur du gouvernement serbe, après avoir récemment proposé la partition du Kosovo comme solution au conflit qui oppose Belgrade à Pristina, vient de faire, dans une interview à l'hebdomadaire "Nin", un pas de plus en direction de ce qu'il considère comme un règlement global des problèmes de la région, en préconisant le rattachement à l'Albanie de ce Kosovo privé de sa partie nord,de même que le rattachement de la Republika Srpska à la Serbie. Dans la logique qui est la sienne, il faut s'attendre à ce qu'il complète son projet en suggérant de joindre à cette Grande Albanie les territoires macédoniens majoritairement peuplés d'Albanais ainsi que la région de la vallée de Presevo, actuellement en Serbie. Il pourrait aussi suggérer, pour que le tableau soit -presque- achevé, de donner à la Croatie l'Herzégovine occidentale et pourquoi pas le Sandjak à ce qui subsisterait de la Bosnie-Herzégovine, sans compter les remises en cause éventuelles des frontières du Monténégro. C'en serait ainsi fait des "contes de fées sur la vie multiethnique", selon les termes employés par l'homme fort du gouvernement de Belgrade et serait ainsi réalisé le rêve de la "purification ethnique".</p> <p class="spip">Venant de celui qui a été le fidèle porte-parole du parti de Milosevic pendant les années 90, ces propos n'étonnent pas par leur contenu, mais par une franchise qui rompt avec le langage convenu habituellement pratiqué par les dirigeants serbes. A propos du Kosovo, Dacic met carrément les pieds dans le plat en disqualifiant les discours du président Boris Tadic et du ministre des affaires étrangères Vuk Jeremic qui voudraient tout à fois entrer dans l'UE et maintenir la fiction d'un Kosovo partie intégrante de la Serbie. A propos de la Bosnie-Herzégovine, il révèle le secret de polichinelle des intentions des dirigeants serbes, de Belgrade et de Banja Luka. Boris Tadic avait relativisé la portée des précédentes prises de position d'Ivica Dacic sur la partition du Kosovo en observant qu'il s'agissait là de vielles idées qui n'engageaient pas le gouvernement serbe. Dobrica Cosic, père spirituel du nationalisme serbe et ancien président de la Yougoslavie étroite, a en effet rappelé qu'il les professe depuis plus de quarante ans. Mais c'est l'ensemble du corpus conceptuel forgé dans le cercle intellectuel présidé par le "grand écrivain" qui a fourni l'armature idéologique des guerres de Milosevic. De ce point de vue, l'interview d'Ivica Dacic contient incidemment un aveu de taille lorsqu'il reconnaît que " la défense du Kosovo par la guerre n'a pas été un succès". Il s'agissait donc bien d'une guerre, faite au Kosovo, comme elle l'a été faite à la Croatie et à la Bosnie-Herzégovine. Cette observation, qui ne bouleversera pas les historiens, mérite néanmoins d'être relevée.Venant d'un acteur de premier plan de la scène politique serbe du temps de Milosevic, elle tranche sur les interprétations des conflits des année 90 officiellement en honneur en Serbie, selon lesquelles les responsabilités et les crimes seraient largement égaux et partagés.</p> <p class="spip">On ne peut tenir ces déclarations d'Ivica Dacic pour anodines, car le personnage occupe une position clé dans le système de pouvoir établi à Belgrade, fondé sur la pacte conclu entre le parti démocrate de Boris Tadic, image de la rupture avec l'ère Milosevic, et le SPS (parti de Milosevic) rénové, mais ne reniant pas ses origines. Le rejet de la violence et de la guerre ne signifie pas condamnation de la politique de "défense des intérêts nationaux serbes" dont se réclamait le régime déchu et qui était soutenue par la majorité des élites serbes d'hier, et pour une large part, d'aujourd'hui.</p> <p class="spip">En envoyant Ratko Mladic à La Haye, Boris Tadic a, à bon compte, redoré le blason de la Serbie. Mais le critère décisif de l'orientation européenne de la Serbie demeure son attitude à l'égard de ses voisins et son aptitude à mener une politique de "coopération régionale et de "bon voisinage", aux antipodes des charcutages proposés par le n° 2 du pouvoir serbe. Il y a là matière à interrogations de la part de Bruxelles et des capitales européennes sur ce que veulent au fond les dirigeants serbes. Les objectifs de Milorad Dodik et de ses partisans sont connus : ils correspondent aux vues exprimées par Ivica Dacic. Mais qu'en est-il de la majorité au pouvoir en Serbie ? Est-elle ralliée ou hostile aux idées de celui-ci et si Boris Tadic est en désaccord peut-il conserver sa confiance à l'auteur de propositions aussi contraires aux positions de l'Union européenne, UE à laquelle la Serbie veut adhérer au plus vite, en brûlant même les étapes ? Peut-on imaginer une Serbie membre de l'UE, porteuse de projets aussi déstabilisateurs que ceux avancés par Dacic ?</p> <p class="spip">En répondant à une question orale posée le 31 mai par la députée Françoise Hostalier à l'occasion de l'arrestation de Mladic, Alain Juppé s'est voulu rassurant sur le respect des conditions de l'adhésion à l'UE posées à la Serbie et a assuré que la France était "très attentive à la situation dans la Republika Srpska". Il serait très souhaitable que Paris, Bruxelles et les capitales européennes prennent sérieusement en compte ce qui est exprimé en Serbie et en RS à un haut niveau. Le "double langage" évoqué dans la question de Madame Hostalier sévit comme jamais. A Belgrade, ce n'est pas seulement Dacic qui parle à contre-pied de la position officielle serbe, mais c'est l'ensemble des dirigeants qui prennent parti pour Dodik tout en manifestant leur soutien à l'intégrité de la BH. A Banja Luka, c'est Dodik qui approuve du bout des lèvres l'arrestation de Mladic comme conforme à une obligation internationale de la Serbie, mais c'est le vice-président de l'entité, Emil Vlajki et un ministre du gouvernement, Petar Djokic (président du parti socialiste, parti frère du SPS de Dacic) qui sont présents à la manifestation de protestation contre l'arrestation de Mladic. La France peut-elle, dans ces conditions, toujours se présenter comme le "meilleur avocat de la candidature serbe à l'UE" selon les mots du président Sarkozy ?</p> <p class="spip">Association Sarajevo</p></div>