Archives de la Lettre d'information de l'Association Sarajevo - Fondatrice Mirjana Dizdarevic

Association Sarajevo

Accueil du site > Analyses et commentaires > sur la B.H. > Confusion accrue en Bosnie-Herzégovine

Confusion accrue en Bosnie-Herzégovine

samedi 7 novembre 2009


Signe que la Bosnie-Herzégovine est devenue, ou redevenue, un sujet de préoccupation internationale, les visites de responsables étrangers s’y multiplient. Ces derniers jours ont ainsi vu le passage à Sarajevo des ministres des Affaires étrangères de Russie et de Grande-Bretagne. Le premier, Sergei Lavrov a rencontré, outre son collègue bosnien, Sven Alkalaj, les membres de la Présidence collégiale, le Président du Conseil des ministres de BH et le Premier ministre de RS, Milorad Dodik. Celui-ci s’est montré particulièrement satisfait de son entretien avec le ministre russe qui s’est prononcé pour l’abolition rapide de la fonction de Haut-Représentant, la fin des pouvoirs spéciaux dits "de Bonn", le strict maintien des accords de Dayton et la non ingérence des puissances étrangères dans le règlement des affaires intérieures de la BH, y compris celles relatives à la réforme des ses institutions. Il a aussi exprimé ses réserves à l’égard du processus de Butmir, vivement attaqué par Milorad Dodik.

Si le chef du Foreign Office, David Miliband, a lui aussi exprimé le refus de solutions imposées aux dirigeants bosniens, il a néanmoins relevé le blocage des institutions du pays et ses conséquences quant au retard pris par la BH sur la voie de l’intégration européenne. Il a affirmé sa position en ces termes : "Nous sommes déterminés dans notre intention de faire tout le possible pour être sûrs que la BH continue à progresser. La BH doit faire partie intégrante du mouvement régional vers l’intégration à l’UE et à l’OTAN". Il a défini le rôle des médiateurs de l’UE et des Etats-Unis comme celui de pourvoyeurs d’un cadre et d’idées pour les négociations. Il a rejeté toutes les spéculations qui courent sur des désaccords entre Washington et Bruxelles.

Non rebutés par ce qui ressemblait fort à un échec du processus initié à Butmir le 9 octobre (après l’échec de celui de Prud, il y a près d’un an, et celui du "paquet d’avril 2006"), les experts européens et américains continuent donc de s’entretenir avec leurs interlocuteurs bosniens, séparément ou en groupes. Le SNSD de Milorad Dodik s’oppose, tout au moins officiellement, à toute discussion sous patronage international. Pour le moment, seul le SDA accepte de prendre comme base de discussion les propositions de l’UE et des Etats-Unis. Le président de ce parti, Sulejman Tihic estime que ces propositions règleraient 50% des problèmes constitutionnels de la BH, les autres 50% représentant probablement tout ce qui concerne le "vote par entité", autrement dit le droit de veto dont disposent aujourd’hui, en pratique, ces entités et que les médiateurs internationaux déclarent ne pas vouloir supprimer.

Les partis de la RS campent sur leur rejet de toute diminution des compétences de leur entité et d’atteinte au "vote par entité", mais il n’est pas exclu que le SNSD consente finalement, comme preuve de sa bonne volonté, à des retouches qui ne changeraient pas réellement le fond des choses. Ces mesures "cosmétiques" contenteraient peut-être les médiateurs internationaux en quête de succès, mais elles ne règleraient rien.

Les partis nationalistes croates s’en tiennent, eux, à leur demande de troisième entité, qui n’est pas soutenue par le président de Croatie Stipe Mesic. Celui considère que cela n’arrangerait rien et qu’il existe de meilleures formules pour protéger les droits des Croates en BH. Il invite par ailleurs les autorités de Belgrade à clairement faire savoir aux Serbes de Bosnie que leur pays est la Bosnie-Herzégovine et il souligne le paradoxe qui fait que Milorad Dodik puisse mener la même politique que celle qui vaut à d’autres d’être jugés à La Haye.

Parallèlement à ces tractations et dans l’attente de la réunion du PIC (Conseil de mise en oeuvre des accords de Dayton) des 18 et 19 novembre, une affaire vient d’éclater, qui ajoute encore à la confusion qui règne en Bosnie-Herzégovine. La polémique est née de la publication, dans le quotidien "Dnevni Avaz", d’investigations qui auraient été menées par l’équipe de lutte contre la corruption du bureau du Haut-Représentant. Le schéma décrit révèlerait l’activité délictuelle ou criminelle d’importantes personnalités bosniaques et de la Communauté islamique. Seraient particulièrement visés le propriétaire de ce journal et très controversé homme d’affaires Fahrudin Radoncic ainsi que le chef de la Communauté islamique Mustafa effendi Ceric. Le journal et les personnes soupçonnées imputent les graves allégations rapportées à l’adjoint du Haut-Commissaire, le diplomate américain Raffi Gregorian, accusé de vouloir, à l’instar de certains éléments de la Communauté internationale, mettre au pilori l’ensemble des musulmans de Bosnie.Ils vont jusqu’à évoquer, à titre de comparaison, Guantanamo ou le sort des Juifs pendant la 2° guerre mondiale. L’affaire qui fait grand bruit, divise profondément les partis et les médias de la Fédération. Le SDA, principal parti nationaliste bosniaque, des journaux tels "Oslobodjenije’, "Dani" ou Slobodna Bosna", ainsi que la télévision FTV, prennent la défense de Raffi Gregrorian contre ses détracteurs, qui se serviraient d’une prétendue islamophobie pour couvrir leurs malversations et seraient de connivence avec Milorad Dodik qui a fait de Gregorian sa bête noire dans son offensive générale contre la présence étrangère.

Ces déchirures ne font qu’approfondir les divisions existantes dans la Fédération et alourdir encore le climat politique et social d’un pays où les soupçons de corruption n’épargnent aucun groupe. On peut comprendre la perplexité ressentie par des observateurs qui débarquent sans préparation en Bosnie-Herzégovine. Ce fut apparemment le cas d’une délégation de parlementaires belges, qui "ont découvert que la complexité de la situation dans ce pays des Balkans est encore plus grande qu’ils ne le croyaient", ce qui indique sans doute que la difficile configuration institutionnelle et politique de la Belgique n’est rien comparée à l’imbroglio laissé par la Communauté internationale en Bosnie-Herzégovine. Mais en appeler, comme l’ont fait ces parlementaires, aux seules vertus du "consensus dans le respect mutuel", ne suffira certainement pas à sortir le pays de l’ornière.

Association Sarajevo


© Association Sarajevo - 17, rue de l'Avre 75015 Paris - http://www.association-sarajevo.org/

Nous contacter - Référence légales - Suivre la vie du site RSS 2.0 - Plan du site - Espace privé - SPIP