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Vers la fin de la fonction de "Haut-Représentant" ?

samedi 24 juin 2006


Le Conseil de mise en oeuvre des accords de Dayton (PIC), réuni à Sarajevo les 22 et 23 juin a pris la décision de mettre un terme à la fonction de Haut-Représentant à la date du 3 juin 2007. Cette décision devra être confirmée en février, à la lumière de la situation en BH et dans la région, pour être entérinée ensuite par le Conseil de Sécurité des Nations-Unies.

La diplomatie internationale a ainsi repris à son compte les propositions de Christian Schwarz-Schilling visant à transformer le rôle de « gouverneur » du Haut-Représentant en celui de conseiller et de conciliateur, en abandonnant les « pouvoirs de Bonn » qui lui donnent le droit de se substituer aux dirigeants bosniens et, éventuellement, de les sanctionner s’ils contreviennent à l’application des accords de Dayton. Il deviendrait, dans sa nouvelle mission, le représentant spécial de l’Union européenne en Bosnie-Herzégovine.

Le communiqué du PIC, comme les commentaires dont l’a assorti l’actuel Haut-Représentant, insistent toutefois sur la détermination de la « Communauté internationale » à maintenir une présence active en Bosnie-Herzégovine par l’intermédiaire notamment de l’EUFOR (force militaire européenne), de la mission de police de l’UE, de l’OTAN et d’autres organisations internationales. Ce transfert des responsabilités aux acteurs bosniens est aussi conçu comme associé au processus d’intégration de la BH aux structures euro-atlantiques (UE et OTAN).

Il est à noter que le communiqué commence en ces termes « Le Conseil souligne qu’il ne sera toléré aucune atteinte à l’accord de Dayton, avant ou après le 30 juin 2007. Les Directeurs politiques (du PIC) réaffirment que la Bosnie-Herzégovine est un Etat souverain reconnu dont l’intégrité territoriale est garantie par l’accord de paix de Dayton », ce qui signifie que le cadre de Dayton demeure, pour les grandes puissances, le cadre de toute évolution institutionnelle du pays, avec les assurances que cela implique, mais aussi avec toutes les ambiguïtés et les contradictions que cela soulève, en l’absence d’un consensus sur la nature et le rôle des « entités » qui constituent l’Etat.

En énumérant toutes les réformes qui restent à accomplir en Bosnie-Herzégovine pour que le pays se redresse et soit en état de poursuivre son processus d’intégration à l’UE, les directeurs politiques du PIC et le Haut-Représentant énoncent autant de conflits qui opposent les dirigeants de la RS à ceux de la Fédération. Pour ne prendre que l’exemple de la police, mais on pourrait également en citer quelques d’autres, comme celui de l’éducation , c’est toujours la volonté de la RS de s’ériger en quasi-Etat, dans un Etat dépouillé de ses attributs essentiels, qui empêche le pays de se reconstruire et d’aller de l’avant. Ce blocage permanent de la part des dirigeants de la RS est d’ailleurs reconnu par les autorités de Bruxelles, de même que leur sempiternel rappel de la nécessité de l’arrestation de Karadzic, s’adresse en priorité à eux.

Christian Schwarz-Schilling semble espérer pourtant que les élections d’octobre dégageront une majorité pour dépasser les clivages actuels et il lance un appel aux électeurs en ce sens, comptant sur eux pour juger les candidats sur leur capacité à prendre en mains les destinées du pays et à procéder aux changements qui s’imposent, y compris sur le plan constitutionnel. Mais étant donné le ton que prend la précampagne électorale après les déclarations de Milorad Dodik qui ne cessent de faire des vagues, cette vision raisonnable des choses a très peu de chances de l’emporter face à l’exacerbation des passions nationalistes.

Généralement bien accueillie par les dirigeants de la RS, et pour cause, cette nouvelle orientation de la Communauté internationale l’est plutôt fraîchement dans la Fédération où de fortes réserves sont émises à son égard, la jugeant prématurée avant les élections et la signature de l’accord de stabilisation et d’association avec l’UE. qui vérifieraient la solidité du système politico-économique bosnien. C’est ce qui ressort des premières réactions de diverses personnalités, telles que les dirigeants du SDA, Sulejman Tihic, membre de la Présidence de BH, et du Premier ministre de BH Adnan Terzic, du membre de la Présidence du SDU (Union social-démocrate) Nijaz Durakovic, ou encore de Senad Slatina directeur pour Sarajevo du CEIS (Center for European Integration Strategies). C’est aussi l’opinion de l’éditorialiste d’ « Oslobodjenje » qui observe que les plus importantes réformes jusqu’ici réalisées en BH ne l’ont été que grâce à l’autorité des Hauts-Représentants.

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