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Réunion de Butmir

dimanche 11 octobre 2009


Les dirigeants de sept partis bosniens ont assisté le 9 octobre, sur la base militaire internationale de Butmir, à la réunion à laquelle les avaient invités Carl Bildt, ministre des Affaires étrangères de Suède et Olli Rehn,commissaire à l’élargissement, pour l’UE, et James Steinberg, sous-secrétaire du Département d’Etat américain. Cette rencontre est souvent présentée comme celle de la "dernière chance" pour débloquer la situation politique en Bosnie-Herzégovine et mettre en place un système politico-institutionnel, sinon nouveau, du moins rénové.

Aucun communiqué ni document n’a été publié à l’issue des entretiens, qui doivent reprendre le 20 octobre, avec les mêmes interlocuteurs. D’après les informations recueillies auprès des participants, se seraient surtout exprimés les représentants de l’UE et de des Etats-Unis, pour exposer, non des propositions précises, mais les principes et les grandes lignes de l’accord qu’ils souhaiteraient voir sortir des discussions qui doivent s’engager entre les dirigeants bosniens, avec le concours des experts internationaux.

Il ressort de plusieurs sources qu’il serait question de remettre sur la table une version améliorée du "paquet d’avril", ensemble de réformes rejeté en 2006 par le Parlement, principalement du fait de l’opposition du SBiH (Parti de la BH) d’Haris Silajdzic, actuel membre bosniaque de la Présidence collégiale. Celle-ci serait transformée par l’institution d’un Président unique, flanqué de deux vice-présidents, on augmenterait le nombre de députés et de ministères, on renforcerait et élargirait les compétences du Conseil des ministres et, ce qui n’était pas prévu en 2006, il serait créé une Cour suprême au niveau central. A la satisfaction des représentants de la RS, mais au mécontentement d’Haris Silajdzic, le vote par entité n’aurait pas été évoqué au cours de la réunion, mais le journal "Dnevni Avaz" croit savoir que sa limitation serait envisagée, comme premier pas vers son abolition.

Les commentaires des porte-parole des divers partis sont évidemment très divers. Ceux du SDA (parti nationaliste bosniaque majoritaire de Sulejman Tihic) et du SPD (social-démocrate) semblent encouragés par ce qu’ils considèrent comme une intervention positive de l’UE et des Etats-Unis. Le Président du SPD, Zlatko Lagumdzija, très critique à l’égard de tous les autres partis, accueillerait favorablement tout compromis améliorant le fonctionnement des institutions centrales de l’Etat et leurs relations avec les entités.

Les deux partis issus d’une scission du HDZ sont demandeurs d’une réforme permettant l’existence d’une entité croate, en quoi ils sont appuyés par l’Eglise catholique, le cardinal Puljic appelant dans cet esprit au soutien de Zagreb.

Sans surprise, la réaction de tous les partis de la RS est celle de la défense des prérogatives de leur entité, telles qu’ils les entendent, c’est-à-dire, du statu quo. Mais alors que Milorad Dodik n’a cessé de proclamer jusqu’ici que les accords de Dayton n’empêchaient nullement, par eux-mêmes, un bon fonctionnement des institutions du pays, il a déclaré le 10 octobre à la télévision belgradoise B92 que la Bosnie était un Etat "non viable", résultat d’une "erreur de la Communauté internationale" et que cela allait finalement se confirmer. Il s’entretenait le même soir à Belgrade avec le Président Boris Tadic pour lui rendre compte de la situation. La position confirmée du gouvernement serbe est qu’il approuverait tout compromis réalisé avec l’accord des représentants des trois composantes nationales bosniennes.

Opposé par principe à toute réforme constitutionnelle, ce qui peut vouloir signifier, au vu de sa déclaration à B92, que cet Etat "non viable" est de tout façon irréformable et que de ce fait, le seul objectif doit être de sauver la RS, Milorad Dodik vient néanmoins de concéder comme possibles de légers changements constitutionnels. Il s’agirait, dans ce cas, de ces changements "cosmétiques" que craignent à juste titre ceux qui attendent des remises en cause fondamentales, et non marginales, du système de Dayton tel qu’il a été appliqué, pour aboutir à l’impasse actuelle.

Le risque est dès lors grand que les arbitres internationaux, soucieux avant tout d’arracher n’importe quel compromis, aussi pourri que celui de Dayton, ne poussent les partisans d’une BH intégrale à accepter un accord minimal en échange, par exemple, d’une suppression immédiate des visas et d’un progrès sur la voie européenne. Ce ne serait que retarder la désintégration définitive de la Bosnie-Herzégovine promise par Milorad Dodik, avec toutes ses conséquences imprévisibles ou trop prévisibles

D’après une information recueillie à l’issue de la réunion du 9 octobre à Butmir, Carl Bildt y aurait dit : " Nous n’accepterons pas que la région soit tenue en otage par la Bosnie-Herzégovine". Il faut espérer que ce propos, qui sonne comme une sommation dont l’indécence stupéfie, ne reflète que la position personnelle de l’auteur et non celle de l’ensemble de la délégation internationale en charge de la négociation de Butmir. N’opérer aucune distinction et gradation des responsabilités encourues dans la crise actuelle, comme cela a été le cas dans la guerre d’agression déclenchée contre la BH, interdit d’ajuster au mieux les compromis requis des uns et des autres, les uns, dirigeants de la RS, s’obstinant à maintenir une situation destructrice pour la BH et la région, les autres, avec leurs intérêts et ambitions variables et souvent douteux, se déclarant prêts aux changements nécessaires.

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