Archives de la Lettre d'information de l'Association Sarajevo - Fondatrice Mirjana Dizdarevic

Association Sarajevo

Accueil du site > Analyses et commentaires > sur la B.H. > Nouvel abandon de la Bosnie-Herzégovine par la "Communauté

Nouvel abandon de la Bosnie-Herzégovine par la "Communauté internationale"

mardi 15 décembre 2009


Le Parlement de Bosnie-Herzégovine n’ayant pas pris de décision sur la prorogation du mandat des magistrats internationaux présents dans les institutions judiciaires du pays, il revenait au Haut-Représentant Valentin Inzko de trancher, soit en ne faisant rien, ce qui terminait la mission de ces juges et procureurs, soit d’user de ses "pouvoirs de Bonn" pour les maintenir en fonction, en se substituant aux autorités bosniennes défaillantes.

Il a finalement décidé, à la date limite du 14 décembre, et en accord avec les ambassadeurs du PIC (Conseil de mise en œuvre des accords de Dayton) de proroger le mandat des magistrats membres de la Cour pour les crimes de guerre, mais non ceux des tribunaux compétents en matière de criminalité économique, qui resteraient toutefois présents comme conseillers. Le représentant de la Turquie s’est retrouvé seul à demander le renouvellement de la mission de tous les magistrats étrangers.

Cette décision a soulevé une tempête de protestations.

La quasi-totalité des partis de la RS s’insurge contre le maintien d’une présence internationale dans la Cour pour les crimes de guerre de Sarajevo. Le dernier prétexte à cette hostilité est la décision prise par un procureur étranger d’abandonner, en raison d’insuffisance de preuves, les poursuites intentées contre des personnalités de Tuzla, dont l’ancien maire Selim Beslagic, dans l’affaire dite de la "colonne de Tuzla", pour laquelle a été condamné à Belgrade un ancien responsable bosnien, Ilija Jursic. Sa condamnation et son emprisonnement en Serbie ont suscité une vive émotion à Tuzla et en BH. Les autorités de Banja Luka veulent maintenant faire juger tous les prétendus coupables par des tribunaux de Serbie. Plus généralement, on considère en RS que la Cour pour les crimes de guerre est illégitime et que tous les dossiers sont manipulés dans des intentions anti-serbes, avec la complicité des magistrats internationaux. Qualifiant ceux-ci de parties d’ "institutions d’inquisition et de mutilation de la RS", Milorad Dodik dans un rare moment de patriotisme unitaire, " appelle les dirigeants politiques bosniaques et croates à se tenir ensemble avec les Serbes et les autres en BH pour éliminer la tyrannie et la violence illégale ou légale du Haut-Représentant et des autres institutions internationales". Le Premier Ministre de la RS a annoncé que son gouvernement se réunira en session spéciale pour rejeter la décision du Haut-Représentant et qu’il espérait que l’Assemblé nationale de la RS s’engagera dans une démarche pour tenir un référendum à ce sujet. On estime généralement que l’annonce de ce recours au référendum n’est sans doute qu’une menace verbale qui n’aura pas de suite. Car ce que cache la violence du ton est la véritable victoire qu’a, une fois de plus remporté le chef de la RS en faisant éliminer les magistrats internationaux de la conduite des affaires de corruption et de prévarication. Celles-ci sont en fait pour lui les seules dangereuses puisqu’il a eu le bon goût de se tenir personnellement à l’écart des crimes commis pendant les années de guerres. Les menaces d’inculpation et de condamnation pour corruption étant écartées, sa position devient encore plus inexpugnable.

C’est bien ainsi qu’on l’entend dans la Fédération où l’on interprète la décision du Haut-Représentant sous son double aspect, celui de la faiblesse devant les exigences de Dodik et celui de l’abandon du pays à la criminalité économique qui le ronge. On peut rappeler à ce sujet que l’ONG "Transparency International" classe la Bosnie-Herzégovine - les deux entités et les dix cantons de la Fédération confondus - au 99° rang mondial (sur 180 pays recensés) et au dernier dans les Balkans. Le quotidien Hayat cite quelques unes des personnalités suspectées de corruption : Dragan Covic (HDZ BiH), Mladen Ivanic (PDP, deuxième parti de la RS), Nedzad Brankovic (SDA) et Milorad Dodik. Beaucoup de commentateurs, journalistes ou hommes politiques, voient dans cette décision le dernier signe du lâchage de la Bosnie-Herzégovine par la "Communauté internationale". Pour l’éditorialiste de la chaîne de télévision "FTV", Bakir Hadziomerovic, "Inzko et ses collègues [du PIC] ont prouvé que les officiels de Washington, Paris, Berlin,Londres, Moscou et Rome ne souhaitaient pas que la BH soit un pays unique, pays sous le règne de la loi", pour se décharger de leurs responsabilités au profit des mafias politiques locales.

Le Haut- Représentant et les officiels de l’Union européenne réfutent évidemment ces accusations en réaffirmant leur engagement en faveur du renforcement de la Bosnie-Herzégovine en vue de la mener sur la voie de l’intégration européenne, mais les quelques hommes politiques et observateurs qui s’intéressent à la région ne s’y trompent pas, c’est bien d’un nouvel abandon qu’il s’agit. C’est le cas de l’eurodéputé slovène Jelko Kacin qui a été un des initiateurs d’une pétition, signée par de nombreuses personnalités, pour demander la prorogation de tous les magistrats internationaux en BH.( Voir la lettre au Haut-Représentant Valentin Inzko sur le site : www.democratizationpolicy.org) .Il s’élève en particulier contre l’attitude des Etats-Unis qui après "avoir passé plusieurs compromis et accords avec Milosevic et Karadzic dans les années 90, essaient de faire la même chose maintenant avec Dodik. Au lieu d’être une partie de la solution, la politique des EU est même devenue la plus grande partie du problème". L’alignement de la position des Etats-Unis sur celle de l’UE est une très grande déception pour ceux qui, en BH, attendaient beaucoup (trop) de la nouvelle administration américaine.

Association Sarajevo


© Association Sarajevo - 17, rue de l'Avre 75015 Paris - http://www.association-sarajevo.org/

Nous contacter - Référence légales - Suivre la vie du site RSS 2.0 - Plan du site - Espace privé - SPIP