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Comment changer Dayton ?

Un éditorial d’ "Oslobodjenje"

dimanche 24 avril 2005


Malgré les déclarations des parlementaires européens, nous sommes encore loin, en Bosnie-Herzégovine, de convenir de la nécessité de changer les Accords de Dayton.

La dernière Résolution du Parlement européen a été catégorique : sans une réforme des Accords de Dayton il n’y aura pas de prospérité en Bosnie-Herzégovine. Mais à quoi bon, alors que Dragan Cavic et les autres chefs de partis et dirigeants de la Republika Srpska ne veulent même pas en entendre parler. Dayton les a créés, Dayton leur a donné une entité, Dayton leur a permis d’espérer, Dayton leur a offert la liberté et la possibilité d’enrayer toute tentative susceptible de rétablir l’unité de la Bosnie-Herzégovine.

Au sein de la Fédération, il n’y a aucun dilemme. Il y a longtemps déjà que l’on prend des initiatives dans ce sens. Des tables rondes, séminaires, stages sont organisés. Des sommes énormes ont été dépensées, tout cela dans l’espoir de démontrer que ces Accords, conclus avec tant de difficulté dans la base militaire de Wright Peterson, devraient être déclarés caducs.

C’est dans l’après-midi du 21 novembre 1995, qu’après des jours de tension, d’incertitude et d’affrontements minant tout espoir de voir ces pourparlers aboutir que Bill Clinton, alors président des Etats-Unis d’Amérique, a annoncé sur le parterre de la Maison Blanche : " Un accord de paix a été conclu en Bosnie-Herzégovine".

Il devint évident ce jour-là que (sans doute) la guerre était terminée. L’essentiel à ce moment là, et tous sont toujours d’accord là-dessus - c’était que Dayton mettait un terme aux conflits. Et cela paraissait suffisant. Tout comme la promesse affirmant : "Ce plan sauvegardera la B-H en tant qu’Etat unifié, à l’intérieur de ses frontières telles qu’elles sont internationalement reconnues".

Quelques jours plus tard, au retour de la délégation bosniaque, Haris Silajdzic, alors premier ministre, a déclaré que le plan élaboré à Dayton était la garantie du rétablissement d’une Bosnie-Herzégovine démocratique et unie.

Pourtant au cours de cette même conférence de presse, il est devenu évident que ce plan était loin d’être satisfaisant, qu’il ne valait pas pipette et ne représenterait jamais une solution pour cet Etat.

Alors qu’on lui demandait quel était le mode d’organisation prévu pour la Bosnie après Dayton, Silajdzic, pourtant toujours plutôt bavard et particulièrement futé, n’a pas su quoi répondre.

Prié d’expliquer si la Bosnie-Herzégovine serait une République, une Fédération, une Union, ou...

"Puisqu’il ne s’agit pas d’un royaume, cela ne peut être qu’une république ou, mieux encore, la Bosnie-Herzégovine sera un Etat parlementaire ".

C’est sous ces mots, précisément, que se cache l’actuelle Bosnie-Herzégovine. Un Etat qui n’est ni une monarchie, ni une république, un Etat parlementaire, et des parlements - ma foi - nous en avons plus qu’il n’en faut !

Non, il ne s’agit pas seulement de savoir qui nous sommes, ce que nous sommes ; dans quel Etat nous vivons, combien de parlements nous avons, comment les lignes de démarcation des entités ont été tracées, combien nous avons eu de ministères jusqu’à présent et combien nous en aurons demain, où sont nos armées, où est la police, qui garde les frontières et qui sont les membres de la présidence.

Tout se réduit à une seule question. La transformation des accord de Dayton entraînerait-elle la disparition de la Republika Srpska, comme l’affirment les dirigeants de cette entité. Ou s’agit-il d’une tentative des représentants des autorités de la seconde entité, donc de la Fédération de B-H, pour que dix ans après l’accord de paix, la Bosnie-Herzégovine passe réellement d’un état de guerre à un état de paix.

Tant que rien ne changera, tant que le parti démocratique serbe (SDS) mais aussi les autres partis nationalistes (y compris ceux qui prétendent ne pas l’être) resteront au pouvoir en RS, il n’y aura aucun accord sur d’éventuelles modifications du plan élaboré sur la base militaire de Dayton.

Depuis la fin de la guerre et aujourd’hui encore, ce pays fonctionne et survit dans l’ensemble sur la peur. La peur de l’autre, la peur de ceux qui sont différents, la peur des leurs et des nôtres. Sur la paranoïa propagée de temps à autre par les chefs et leaders nationalistes et plus particulièrement, en règle générale, aux moments des élections.

Pour certains le changement de Dayton est un impératif devant permettre à la Bosnie-Herzégovine de devenir enfin, et, officiellement, partie de l’Europe. Pour d’autres, une possibilité d’assurer un Etat à leur propre peuple. Pour d’autres encore un slogan lancé au cours des campagnes électorales : reconnaissance ou sécession. Aussi toute prétention de voir Dayton modifier "de l’intérieur" est aussi illusoire que s’imaginer que Dayton aurait pu exister sans le patronage et la volonté de la communauté internationale, c’est-à-dire des Etats-Unis.

Si le Parlement européen a voté une résolution, cela devrait vouloir dire quelque chose. Représenter un engagement pour nos politiciens. Ou alors, comme les nombreuses autres résolutions votées jusqu’à présent, des règles qui n’engagent que quelques uns d’entre nous.

Senka Kurtovic

Rédactrice en chef d’Oslobodjenje


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