Archives de la Lettre d'information de l'Association Sarajevo - Fondatrice Mirjana Dizdarevic

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Karadzic à La Haye

mercredi 30 juillet 2008


Radovan Karadzic est arrivé tôt ce matin 30 juillet à Rotterdam, d’où il a été emmené dans la prison de Scheveningen où il passera ses jours avant et pendant son procès par le TPIY, qui durera quelques mois ou quelques années. La manifestation de protestation organisée à Belgrade par les radicaux, qui n’a réuni qu’une quinzaine de milliers de participants, n’aura pas dissuadé le gouvernement serbe de procéder à ce transfèrement, condition nécessaire de l’avancée de la Serbie vers son adhésion à l’Union européenne. La grande majorité des gouvernements européens serait disposée à accélérer ce mouvement, notamment en mettant en application l’accord commercial intérimaire signé avec la Serbie, qui assurerait immédiatement à celle-ci d’importants avantages économiques. Seuls trois pays sur les vingt-sept que compte l’Union, et surtout les Pays-Bas, continuent d’exiger de la Serbie qu’elle s’acquitte en totalité de ses obligations envers le TPI en arrêtant et en livrant à La Haye les deux fugitifs encore en cavale, Goran Hadzic et Ratko Mladic, mais leur opposition suffit à bloquer toute décision.

La veille, la Chambre pour les crimes de guerre de la Cour de Bosnie-Herzégovine a prononcé ses premiers verdicts de génocide contre sept des onze anciens membres de l’armée et de la police de RS inculpés pour le meurtre, à Kravica, d’un millier de Bosniaques, dans le cadre du massacre de Srebrenica. Trois d’entre eux ont été condamnés à 42 ans de prison, trois à 40 ans, un à 38 ans, les quatre autres acquittés. Les associations des familles des victimes ont exprimé une satisfaction tempérée, assortie du souhait que la justice soit entièrement rendue.

Ces condamnations, l’ouverture prochaine du procès de Karadzic, la possibilité que la Serbie se décide à agir pour arrêter Mladic parce qu’elle y sera contrainte et que le procès de ce dernier mette encore plus en évidence les circonstances criminelles de la création de la RS, pèsent pour alourdir le climat déjà délétère des relations en BH. Tandis que Milorad Dodik fait mine de penser que le jugement de Karadzic, en ne portant que sur sa culpabilité individuelle, déchargera l’entité serbe de tout soupçon, ses adversaires et le sens commun relèvent qu’il sera difficile de séparer l’action du fondateur de la RS de la marque d’origine de celle-ci. Les défenseurs de la RS s’appuient sur sa légitimité tirée des accords de Dayton qui ont entériné l’existence d’une entité serbe, les partisans d’une reconfiguration constitutionnelle de la BH posent la question de la validité d’une organisation du pays basée sur des faits criminels dès lors que ceux-ci auront, une fois de plus, été abondamment prouvés par les plus hautes instances judiciaires internationales.

Posé ainsi, ce débat ne pourra être tranché qu’au niveau international, car c’est à ce niveau qu’a été décidé l’avenir de la Bosnie-Herzégovine, sans qu’il soit tenu compte des responsabilités des uns et des autres dans la destruction du pays, responsabilités établies et pesées procès après procès, ceux de Karadzic et de Mladic devant s’avérer décisifs, à défaut de celui de Milosevic, malheureusement interrompu.

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