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Réunions en vue sur les Balkans occidentaux et la Bosnie-Herzégovine

mardi 9 mars 2010


Ce ne sont pas moins de trois réunions qui se trouvent maintenant inscrites au calendrier européen ou international de tentative d’avancée vers une résolution des problèmes des Balkans occidentaux et de la Bosnie-Herzégovine. Dans l’ordre chronologique de leurs hypothétiques tenues, car rien n’est encore certain, il y aurait une conférence à Brdo kod Kranj, en Slovénie, le 20 mars, une réunion à Madrid en avril et une autre à Sarajevo en juin.

L’idée de la première a été lancée conjointement par la Croatie et la Slovénie et approuvée par la Haute-Représentante pour la politique extérieure de l’UE Catherine Ashton.Il s’agirait de réunir tous les dirigeants de la région pour qu’ils réfléchissent et travaillent ensemble à l’adhésion de leurs pays à l’Union européenne, avec le soutien de Bruxelles. Aussitôt approuvé par tous les participants éventuels, le projet s’est immédiatement heurté à la question de la représentation kosovare, Belgrade ne la concevant que sous l’enseigne de l’UNMIK, Pristina comme celle d’un Kosovo indépendant. La médiation de la diplomatie slovène pour la recherche d’un compromis est restée pour le moment infructueuse. Ce blocage est inhérent à la position de la Serbie, qui malgré les demandes de plus en plus pressantes de la plupart des pays membres de l’UE, se refuse à tout pas en avant pour, sinon reconnaître officiellement le Kosovo, ce qui ne lui est pas demandé, du moins ne pas entraver l’insertion dans les relations internationales d’un pays reconnu par 22 des 27 membres de l’Union et par quelques-unes des principales puissances mondiales. Par la voix de son Président Boris Tadic et de son ministre des affaires étrangères Vuk Jeremic, la Serbie a, au contraire, réaffirmé qu’elle ne bougerait pas de sa position. Vuk Jeremic a une nouvelle fois proclamé qu’entre le Kosovo et l’UE, il choisirait le Kosovo, bien que l’adhésion à l’UE demeurait le principal objectif de la diplomatie de Belgrade. L’ hyperactif chef de celle-ci, qui court la planète pour se faire entendre dire que le Kosovo est bien serbe, estime que l’exemple de Chypre prouve que l’UE accepterait d’intégrer un pays aux frontières indéterminées, oubliant que la majorité des gouvernements européens ne veulent précisément pas renouveler l’expérience. L’épine du Kosovo mettra longtemps à l’épreuve la capacité de la Serbie à se comporter comme un facteur de stabilisation des relations interrégionales, même si, comme c’est le plus probable, elle ne verra pas sa thèse de l’ "illégalité" de la proclamation de l’indépendance de la "province" retenue par la Cour Internationale de Justice.

Le projet de la réunion d’avril est dû à la diplomatie de Madrid qui, dans le cadre de la présidence tournante de l’UE, entend jouer un rôle dans le règlement des questions balkaniques. Le ministre des affaires étrangères Miguel Angel Moratinos, par ailleurs citoyen d’honneur de la ville de Belgrade, en a fait un de ses objectifs prioritaires. Ce serait une réunion informelle des dirigeants de tous les partis politiques bosniens pour relancer les processus de négociations en vue de trouver des compromis, dont celui sur la réforme constitutionnelle. L’Espagne prêche pour une réforme minimale, notamment pour appliquer l’arrêt de la Cour européenne des droits de l’homme relatif aux discriminations électorales d’ordre ethnique. Il est probable que ces dirigeants ne refuseraient pas un voyage à Madrid, mais presque certain qu’ils ne parviendraient pas à un quelconque accord, surtout dans la période préélectorale ouverte dans la perspective des consultations d’octobre.

C’est aussi l’Espagne, soutenue par l’Italie, qui a proposé aux ministres des affaires étrangères européens en colloque à Cordou le 6 mars, de convoquer une grande réunion entre l’UE et les pays des Balkans occidentaux, éventuellement élargie aux Etats-Unis, à la Russie et à la Turquie. Les questions à l’ordre du jour en juin seraient inévitablement les mêmes que celles traitées en mars en Slovénie.

On ne sait si cette floraison d’initiatives témoigne de la volonté des autorités européennes d’intervenir efficacement pour aider à trouver des solutions pérennes dans le Sud-Est européen et en BH, ou au contraire d’une manière de compenser leur indécision, sur fond de désaccords au sein de l’UE sur la voie à suivre. Des observateurs voient dans la concurrence des réunions de Brdo kod Kranj et de Sarajevo des signes de ces désaccords sur la forme et sur le fond, doublés par des conflits de compétences entre le ministre des affaires étrangères tournant espagnol Moratinos et la ministre fixe Ashton. Si, comme tout l’indique, cela est vrai, Bruxelles et les capitales européennes devraient alors, avant de s’engager dans les réunions projetées, bien définir leur politique en direction des Balkans occidentaux où les problèmes demeurent liés au comportement et aux positions des dirigeants serbes, de Belgrade et de Banja Luka.

Si le refus de reconnaître l’indépendance du Kosovo par cinq des pays membres de l’Union ( Chypre,Espagne,Grèce,Roumanie, Slovaquie) empêche celle-ci de parler d’une seule voix , les gouvernements des autres ont le droit et le devoir de signifier à Belgrade que la Serbie ne pourra entrer dans l’UE en prétendant maintenir sa souveraineté sur le Kosovo. Certaines capitales européennes, dont Paris, le disent, mais pas assez clairement, faut-il croire, pour que cela soit bien entendu par tout le monde à Belgrade.

L’affaire Ganic ( Ejup Ganic reste détenu à Londres dans l’attente que les procureurs serbes envoient son dossier à la justice anglaise) montre par ailleurs que la Serbie, de concert avec la RS et simultanément avec Karadzic à La Haye, maintient son point de vue sur l’origine et les responsabilités des guerres des années 90, ce qui est un obstacle majeur à l’établissement de relations de bon voisinage dans les Balkans occidentaux, et particulièrement entre la BH et la Serbie. Il est maintenant quasiment sûr que si l’Assemblée de Serbie vote une résolution sur Srebrenica, elle ne mentionnera pas explicitement le génocide constaté par le TPI et la CIJ, ce qui serait une inapplication de l’arrêt de celle-ci. Par ailleurs, l’appui verbal de la Serbie à l’intégrité territoriale et à la souveraineté de la BH n’a guère de sens s’il s’accompagne du soutien aux dirigeants de la RS qui font pratiquement fi de cette intégrité territoriale et de cette souveraineté. Le tout dernier exemple de ce défi est la visite de Milorad Dodik à Moscou où il a passé des accords politiques et économiques, notamment dans le domaine de l’énergie, sans en référer à Sarajevo.

Sans clarification de la politique de l’UE sur cette question des positions de la Serbie incompatibles avec la stabilité régionale, de nouvelles réunions ne serviraient à rien, d’autant plus que l’introduction de la Russie dans le jeu diplomatique européen ne ferait que renforcer la main de Belgrade.

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