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Milorad Dodik:la stratégie du pourrissement

vendredi 20 août 2010


Il y a longtemps qu’on ne compte plus les déclarations de Milorad Dodik et de tous les responsables de son parti SNSD, sur le peu de cas qu’ils font de la Bosnie-Herzégovine et leur désir de mener une vie séparée de l’Etat au sein duquel ils exercent des fonctions éminentes au niveau central.

Ces dernières semaines marquent cependant une poussée accélérée dans ce sens, compréhensible dans le contexte de la campagne électorale en vue des consultations populaires du 3 octobre, mais qui dépasse largement cet enjeu en ce qu’elle a le mérite d’exposer clairement la méthode que les dirigeants de la RS comptent employer pour parvenir à leurs fins. Prenant prétexte de l’avis de la CIJ sur la proclamation de l’indépendance du Kosovo, qu’ils interprètent à leur manière, ce sont tour à tour Milorad Dodik, leader du SNSD et Premier ministre de l’entité serbe, Nikola Spiric, Président du gouvernement central de la BH et Nebojsa Radmanovic, membre serbe de la Présidence collégiale, qui ont prévenu, dans des termes semblables, que la RS s’inspirerait de cet avis pour décider de son avenir, notamment si l’Assemblé générale des Nations Unies ne suivait pas la Serbie sur l’"illégalité" de l’indépendance du Kosovo. Pour Nikola Spiric, dans une interview au journal monténégrin "Dan", cela "ouvrirait pour la RS un nouveau processus, avec un impact sur toute la situation dans les Balkans", ce que confirme Nebojsa Radmanovic à l’agence "Srna" : " Si l’Assemblée générale accepte l’avis de la CIJ et non la résolution proposée par la Serbie, cela signifiera un changement de tout l’ordre international. Cela signifiera que tous ceux qui sont insatisfaits de la situation existante pourront se conduire à leur guise", pour finir, comme le rapporte la station belgradoise de radio "Glassrbije" citant Milorad Dodik, par cette formule lapidaire : " Si nous partons de la Bosnie-Herzégovine, nous emporterons avec nous la Republika Srpska". Plus intéressante toutefois que ces proclamations qui ne sont que des redites, apparaît l’interview à "Oslobodjenje" d’un dirigeant moins important du SNSD, le secrétaire du parti Rajko Vasic. Après avoir décrit la BH comme un Etat artificiel voué à la disparition, il estime que celle-ci se fera d’elle-même, sans qu’il soit besoin de référendum, de réforme constitutionnelle, de rien, du jour où on aura compris que la BH n’a seulement de réalité que comme un tracé sur une carte géographique. C’est la stratégie du pourrissement de la situation mise en œuvre par les dirigeants de la RS, jusqu’à la dislocation accomplie du pays, qui se trouve ainsi exposée sans complexe.

Le dernier exemple du blocage délibéré du fonctionnement des institutions du pays par le groupe dirigeant de la RS est fourni par le rejet par le SNSD du projet de loi sur le recensement en cours de discussion au Parlement. Après son adoption par la Chambre des représentants, il a suffi que les députés du SNSD boycottent la séance de la Chambre des peuples pour rendre l’adoption de ce projet impossible, alors qu’il s’est trouvé au moins un des parlementaires de la RS prêt à le voter, ce qui lui aurait permis de passer. Le SNSD entend maintenant obliger les représentants de la RS à la Chambre haute à suivre la volonté de la majorité de l’Assemblée de la RS, ce qui équivaudrait à instaurer un veto du parti majoritaire d’une entité, en privant les parlementaires dissidents de leur droit de vote.

On ne peut que constater l’inaction de la Communauté internationale et de l’Union européenne face à cette cette volonté délibérée de détruire l’intégrité de la Bosnie-Herzégovine, pourtant réaffirmée à chaque occasion, mais seulement par des mots. Il serait peut-être utile, dans un premier temps, d’expliquer à tous, et pas seulement à Milorad Dodik, que la comparaison entre le Kosovo et la RS ne permet pas d’accorder à celle-ci le droit qui a été reconnu au premier. C’est l’alinéa 112 de l’avis de la CIJ qui rappelle l’opinion selon laquelle "si le Conseil de sécurité avait voulu exclure la possibilité d’une déclaration d’indépendance [du Kosovo], il l’aurait indiqué en des termes clairs et dénués d’ambiguïté dans le texte de la résolution, comme il l’avait fait dans la résolution 787 (1992) concernant la Republika Srpska". Ce qui a été interdit à la RS par la résolution 787 ne l’a pas été au Kosovo par la résolution 1244, pour toutes sortes de raisons, historiques,politiques et juridiques, qui rendent la comparaison inepte.

Mais au-delà de l’argument juridique qui a pourtant été invoqué par la Serbie, à son détriment, il est un argument politique et pourquoi pas moral, vital pour l’Europe, qui est celui de la stabilité des Balkans, qui serait irrémédiablement compromise par le démembrement accepté de la BH, qui constituerait une menace pour la paix et une victoire posthume de Milosevic et de Tudjman. Dans leur cynisme, les dirigeants de la RS voient juste lorsqu’ils comptent sur le laisser-aller de l’Union européenne pour que leur solution s’impose d’elle-même, comme ils l’espèrent. Ils n’ont pas tort de penser qu’ils ont des alliés dans toutes les "ethnies". Commentant la proposition d’abolir la fonction de Haut-Représentant, commune au Serbe Milorad Dodik, au Bosniaque Fahrudin Radoncic et au Croate Dragan Covic, l’éditorialiste d’ "Oslobodjenje" Faruk Boric écrit que ceux-ci " ne peuvent pas attendre pour diviser l’Etat en morceaux". Les élections d’octobre et la réaction des autorités de Bruxelles à leurs résultats, s’il y en a une, pèseront lourd sur l’avenir de la Bosnie-Herzégovine et des Balkans.

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