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Nouveau gouvernement dans la Fédération.Crise aggravée en Bosnie-Herzégovine

vendredi 18 mars 2011


Les résultats des élections générales bosniennes du 3 octobre ont conduit à des situations politiques très contrastées en Republika Srpska et dans la Fédération croato-bosniaque. Dans l’entité serbe, Milorad Dodik, devenu Président, a pu immédiatement former une majorité et un gouvernement menés par son parti SNSD (Alliance des sociaux-démocrates indépendants) avec l’appoint des partis qui étaient déjà auparavant ses alliés. Son principal adversaire, le SDS (parti fondé par Karadzic) a préféré rester dans l’opposition tout en passant une alliance avec Dodik au niveau de l’Etat central pour y défendre les positions communes à l’écrasante majorité des formations politiques de la RS, c’est-à-dire la défense du statu quo, sinon son renforcement pour une plus grande autonomie et à la limite la sécession.

Dans la Fédération, le SPD (parti social-démocrate), se déclarant d’orientation civique et qui a remporté un net succès, est assez vite parvenu a un accord programmatique majoritaire avec le SDA (parti d’Alija Izetbegovic) et deux plus petits partis, le HSP (parti croate du droit) et le NSRzB( parti populaire pour la prospérité par le travail) se réclamant lui aussi de la multiethnicité. Leur plate-forme commune préconise des réformes, y compris constitutionnelles, en vue de l’intégration à l’UE et se propose de réaliser l’égalité des citoyens et de leurs droits nationaux sans pour autant créer une troisième entité, croate. Cette coalition qui dispose d’une majorité parlementaire assurée dans la Fédération était ouverte au HDZ-BiH et au HDZ-199O, surtout à ce dernier dont les positions paraissaient compatibles avec celles de la plate-forme commune, d’autant plus qu’il avait mené sa campagne électorale en alliance avec le HSP. Le HDZ-1990 a préféré rompre cette alliance électorale et se retourner vers le HDZ-BiH auquel il était opposé depuis des années, pour reconstituer le bloc nationaliste croate du HDZ des origines, filiale du HDZ de Tudjman, qui avait combattu pendant la guerre sous la bannière de l’Herceg Bosna, préfiguration de la troisième entité, redevenue cheval de bataille de ce HDZ reconstitué.

Ce HDZ reconstitué, qui bénéficie du plein appui de Milorad Dodik dont les liens avec le dirigeant du HDZ-BiH Dragan Covic sont patents, a d’abord choisi de bloquer la formation des autorités de la Fédération en refusant de désigner dans les cantons qu’il domine ses délégués à la Chambre des peuples de l’entité. Le but de cette obstruction était de garantir sa participation au pouvoir à ses conditions,la plus essentielle étant de détenir l’exclusivité de la représentation statutaire des Croates, la "croacité" authentique étant déniée à tous ceux qui ne seraient pas d’obédience HDZ. Le SDA, prêt à certaines concessions, et les représentants internationaux, d’abord soucieux d’une stabilité de façade en BH, ont poussé à des négociations avec les HDZ pour les intégrer au gouvernement de la Fédération, puis à celui de la BH. Des discussions se sont alors engagées sous la médiation du Bureau du Haut-Représentant, et principalement de l’adjoint américain de celui-ci.Ces discussions ont échoué après le rejet par les deux HDZ de la proposition du médiateur international de leur accorder quatre des cinq portefeuilles ministériels qui reviennent de droit à des Croates dans le gouvernement de la Fédération. Les HDZ les voulaient tous, avec en plus un membre du SNSD de Dodik comme collègue serbe au gouvernement de la Fédération. Les quatre partis groupés autour du SPD ont repoussé cette exigence.

Devant l’impossibilité dûment constatée de constituer les autorités de la Fédération sauf à se soumettre au diktat des HDZ, les quatre partis coalisés ont franchi le pas pour le faire sans eux. La Chambre des représentants a approuvé la composition du nouveau gouvernement qui sera dirigé par Nermin Niksic (SDP) .La présidence de l’entité est revenue à un membre du HSP, Zivko Budimir, qui sera assisté de deux vice-présidents, l’un du SDA, l’autre du SDP. Les élus des deux HDZ ont boycotté la séance de la Chambre des Représentants tandis que la Chambre des peuples est demeurée incomplète du fait du refus de trois cantons d’y déléguer leurs représentants. Cette situation créée de toutes pièce par les HDZ leur permet de crier à l’illégalité de la procédure.

Ainsi que l’observe l’éditorialiste du journal "Oslobodjenje", les élections d’octobre ont entraîné un changement qualitatif dans les rapports politiques bosniens, en mettant fin à la répartition des postes entre les trois partis nationalistes dominants, sans programme de gouvernement. Le succès du SPD, l’évolution du SDA dans le sens d’un parti civique, leur accord avec le HSP et le NSRzB sur la base d’un programme, ont permis que s’impose contre l’ "ethnocratie tripartite" jusqu’ici de règle en BH une autre conception du pouvoir, comme fondé sur une démocratie multiethnique et pluraliste. Le SDP et le SDA ont refusé de se voir cantonnés dans le rôle exclusif et suffisant de représentants des Bosniaques, le SNSD et les HDZ revendiquant le même pour les Serbes et les Croates.

Cette rupture d’un consensus établi en BH depuis la fin de la guerre, qui correspondait à une certaine interprétation des accords de Dayton, ne pouvait aller sans douleur. La crise est devenue aigue dans la Fédération où les HDZ ne peuvent admettre être dépossédés de leur monopole de représentation du "peuple croate" et des avantages du pouvoir afférents. Ils contestent la légitimité des nouvelles autorités et manifestent leur intention de se replier sur les cantons où ils sont majoritaires, manière de se mettre en retrait de la Fédération.

La crise sera redoublée au niveau de l’Etat central. Milorad Dodik a renouvelé son appui aux HDZ et rejeté toute entente avec le SDP, ce qui rend quasiment impossible la formation des autorités centrales du pays. On peut noter au passage que dans l’affrontement entre deux partis qui se réclament de la social-démocratie (le SDP et le SNSD) le Parti socialiste européen, qui regroupe l’ensemble des partis socialistes de l’UE, a nettement tranché en faveur du SDP, en exprimant son "opposition à toutes les forces politiques qui soutiennent des divisions sur une base ethnique"

Face à cette impasse qui est le résultat final de plus de quinze années d’application des accords de Dayton au cours desquelles il était chaque jour plus évident que le système imposé par ces accords allait finir par craquer, les représentants internationaux s’en tiennent à des propos désabusés sur la vanité de leurs interventions. Le Conseil de mise en application des accords de Dayton (PIC) regrette, le Haut-Représentant constate, c’est tout ce qu’ils peuvent dire et faire.

La stratégie de pourrissement délibérément mise en œuvre par Milorad Dodik, qu’il réalise maintenant avec le concours du HDZ, comme au temps de l’entente Milosevic-Tujman ou Karadzic-Boban, porte ses fruits. Pour en parachever les effets, Belgrade renouvelle son soutien aux dirigeants de la RS et appelle au départ des "protecteurs" étrangers. De Zagreb où le gouvernement appuie à demi-mot les dirigeants des HDZ, l’ancien Président Stjepan Mesic délivre un message différent : il critique l’indulgence de la Communauté internationale à l’égard de Milorad Dodik et déclare que la clé de la solution pour la BH se trouve à Belgrade qui doit inciter les Serbes de Bosnie à se tourner vers Sarajevo. Il affirme : "Si la Serbie désire rejoindre l’Union européenne, elle doit permettre à la BH d’entreprendre son européisation. Cela signifie qu’elle doit cesser de soutenir les politiques séparatistes de certains cercles en BH".

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