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Serbie : l’héritage de Milosevic

samedi 18 mars 2006


La mort de Milosevic et, par conséquent, l’arrêt définitif de son procès, empêcheront la justice pénale internationale de sanctionner judiciairement, dans sa personne, l’ensemble des crimes commis sous sa direction pendant les guerres yougoslaves dont son régime a été le déclencheur et le propagateur.

Le travail des tribunaux pour poursuivre et punir les crimes perpétrés pendant cette période ne s’en poursuit pas moins et n’est pas prêt de se conclure. Les prévenus continuent de comparaître à La Haye, parfois appréhendés dans quelque pays d’Amérique latine, les jugements continuent de tomber, plus ou moins sévères, et des cellules vides attendent à Scheveningen les hôtes de marque qui manquent encore à l’appel. Le 5 avril demeure la date limite fixée par Bruxelles aux autorités serbes de Belgrade et de Banja Luka pour qu’elles livrent Karadzic et Mladic. Mais les délais de cette nature ont si souvent été repoussés dans le passé qu’ils pourraient l’être une nouvelle fois, alors que la carotte de l’adhésion à l’Union européenne perd de sa saveur, avec les réticences de plus en plus évidentes des pays de l’Union à accueillir de nouveaux membres. Il est vrai qu’en dehors de l’adhésion proprement dite, il existe d’autres moyens de pression sur des pays en voie d’asphyxie économique et financière.

Par ailleurs, les tribunaux locaux ont commencé à se saisir et s’apprêtent à prendre en charge de nombreux cas de crimes encore impunis, parmi les innombrables qui ont été commis.

Parallèlement à ces procédures pénales, une grande attention se porte sur le déroulement des audiences relatives à la plainte de la Bosnie-Herzégovine contre la Serbie devant la Cour Internationale de Justice. La disparition de Milosevic a ouvertement été saluée avec soulagement du côté serbe, dans l’équipe de défense de Belgrade, comme en RS, où l’on reconnaît que la probable condamnation de Milosevic pour génocide aurait grandement conforté l’argumentation bosnienne devant la Cour, qui doit délivrer son jugement avant la fin de l’année. Dans leurs exposés qui viennent de s’achever, les avocats de la Serbie se sont efforcés de démontrer que la Serbie-Monténégro ne pouvait être rendue responsable des actes commis par les derniers avatars de la Yougoslavie, et qu’au surplus il n’y avait eu ni agression de la part de Belgrade, ni génocide, pas même à Srebrenica, mais qu’il s’agissait purement et simplement d’une guerre civile, sans responsabilité particulière de l’une des parties, toutes ayant fait appel à des aides étrangères. Les termes couramment employés dans les milieux serbes, en Serbie comme en RS, pour qualifier la guerre et ses massacres, sont ceux de « tragédie » ou de « tragique », dans le sens d’événements inéluctables, tombés du ciel, contre lesquels on n’a, inexplicablement, pas pu lutter, tous les acteurs ayant été entraînés, comme malgré eux, dans un déchaînement d’actes incontrôlés.

Contre cette interprétation fantasmée de l’histoire yougoslave des deux dernières décennies, qui occulte les responsabilités particulières et capitales de la politique élaborée et mise en oeuvre solidairement par le bloc agglomérant le régime de Milosevic et le nationalisme serbe traditionnel, il se trouve heureusement, en Serbie, des voix qui ne craignent pas de dire clairement la vérité. Outre le cercle très restreint de ceux, ou plus encore de celles, puisque parmi d’autres, on relève toujours les noms de Sonja Biserko, Natasa Kandic et Latinka Perovic, qui ont combattu cette politique dès l’origine, on relève maintenant les voix d’opposants plus récemment entrés en scène. C’est le cas d’un groupe d’anciens animateurs du mouvement « Otpor »,qui ont fait publier dans la rubrique nécrologique de « Politika » du 17 mars une annonce de la mort de Milosevic, qui contient notamment ces lignes : « Merci pour la tromperie et le vol,pour chaque goutte de sang versée par les milliers de personnes, pour la peur et l’incertitude, pour les vies et générations gâchées, pour les rêves non réalisés,pour les horreurs et les guerres que vous avez faites en notre nom,sans nous consulter, et pour tous les fardeaux que vous avez placés sur nos épaules.... Nous nous souvenons des chars dans les rues de Belgrade et du sang sur les trottoirs. Nous nous souvenons de Vukovar.Nous nous souvenons de Knin et de la Krajina. Nous nous souvenons de Sarajevo. Nous nous souvenons de Srebrenica. Nous nous souvenons des frappes aériennes. Nous nous souvenons du Kosovo. Nous nous en souviendrons longtemps, même en rêve ».

C’est aux Européens, une fois de plus, de mesurer leurs responsabilités pour sortir la Serbie et toute la région de leur gouffre. Ils doivent choisir de se ranger activement aux côtés de ceux qui veulent construire un autre avenir pour leur pays et ses voisins, plutôt que de chercher, en vain, à ménager ceux, encore très nombreux, qui se refusent à tirer les leçons du passé ou continuent de cultiver les ressentiments et les haines hérités de l’ère Milosevic.

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