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La Serbie contrainte de réviser sa position sur le Kosovo

dimanche 12 septembre 2010


Pour nombre d’observateurs, l’acceptation par le gouvernement serbe de modifier la résolution qu’il avait déposée à l’Assemblée générale des Nations Unies sur les conséquences de l’avis de la CIJ concernant la proclamation d’indépendance du Kosovo, dans le sens voulu par l’Union européenne, a marqué un tournant important, certains disent "historique", de la politique de Belgrade. Ce revirement a permis à la résolution, présentée conjointement par la Serbie et les 27 pays membres de l’Union, les 22 qui ont reconnu l’indépendance du Kosovo et les 5 qui ne l’ont pas fait, d’être adoptée par l’Assemblée générale par consensus, sans vote. Cette résolution " 1. Prend acte de la teneur de l’avis consultatif de la CIJ sur la conformité au droit international de la déclaration unilatérale d’indépendance relative au Kosovo, donné en réponse sa demande ; 2. Se félicite que l’Union européenne soit disposée à faciliter un processus de dialogue entre les parties ; ce processus de dialogue serait en soi un facteur de paix, de sécurité et de stabilité dans la région, et le dialogue aurait pour objet de favoriser la coopération, d’avancer sur le chemin menant à l’Union européenne et d’améliorer les conditions de vie des populations."

La différence essentielle entre ce texte et le texte initial déposé par Belgrade est qu’il ne déclare pas nulle l’indépendance du Kosovo et qu’il n’invite pas les parties à de nouvelles discussions sur le statut de ce pays, thèmes sur lesquels avaient constamment bataillé les dirigeants serbes, tout particulièrement le ministre des Affaires étrangères Vuk Jeremic qui a parcouru jusqu’au dernier moment la terre entière en quête de soutiens à ses thèses. La Serbie, comme plusieurs des pays qui ne veulent pas [encore] reconnaître l’indépendance du Kosovo, continuent certes d’affirmer qu’ils ne le feront pas, voire jamais. Mais, après les fermes mises au point délivrées à Belgrade par les ministres des affaires étrangères allemand et britannique et sans doute renouvelées au cours des discussions qu’ont eues le Président Boris Tadic et la Haute-Représentante pour la politique extérieure de l’UE Catherine Ashton, les dirigeants serbes ont dû admettre publiquement qu’ils ne pouvaient tout à la fois vouloir que la Serbie intègre l’UE et qu’elle maintienne inchangée sa position sur le Kosovo. Le dialogue prévu par la résolution de l’AG de l’ONU aura beaucoup de mal à s’instaurer du fait que le gouvernement serbe refuse de considérer celui du Kosovo comme représentatif d’un Etat indépendant, mais la désignation de l’Union européenne comme principal garant du processus devrait faciliter sa mise en œuvre, à moins, mais ce n’est actuellement la position que des nationalistes serbes les plus extrémistes, que la Serbie ne répudie son orientation pro-européenne en faveur d’autres alliances, comme celle de la Russie, ce que réclame entre autres, l’ancien premier ministre Vojislav Kostunica. Au sujet de la solidité du soutien russe, on peut néanmoins relever les propos tenus par Vladimir à Poutine à des experts étrangers, selon lesquels il ne contesterait pas l’indépendance du Kosovo si on lui concédait celle de l’Abkhazie et l’Ossétie du sud (Le Monde-fr du 8-9-2010)

En Bosnie-Herzégovine, le Kosovo constitue par ailleurs l’une des nombreuses pommes de discorde entre partis de la Fédération et de la RS, où Milorad Dodik, bien que favorable à une séparation entre Albanais et Serbes au Kosovo, s’élève avec la plus grande virulence contre une éventuelle reconnaissance de l’indépendance de ce pays par la BH. Ce n’est là que l’énième exemple du rôle destructeur de l’action du groupe dirigeant de l’entité serbe, non seulement pour la Bosnie-Herzégovine, mais pour l’ensemble de la région. Le fait nouveau est que l’Union européenne vient de montrer qu’elle pouvait faire preuve de décision dans le règlement des affaires du continent et que ce qu’elle a amorcé à propos du Kosovo, elle serait en mesure de le faire à propos de la Bosnie-Herzégovine qui, à de nombreux égards, constitue actuellement le danger le plus grave pour la stabilité des Balkans.

Il semble que la conscience de ce danger ait gagné ces temps ci les sphères dirigeantes de l’Union, sans qu’on perçoive pour autant une volonté claire quant aux moyens d’y parer. On peut en effet imaginer que deux manières s’opposent, chacune ayant ses partisans. Il y aurait ceux qui pensent que la Serbie et les Serbes ayant été obligés de consentir à la "perte" du Kosovo, il faudrait leur épargner des "humiliations" supplémentaires et laisser la RS affirmer son autonomie autant qu’elle le voudra, y compris jusqu’à la désintégration complète de la Bosnie-Herzégovine, jugée inévitable. Il y aurait à l’autre bord, ceux qui estiment que ce résultat plongerait la région dans une instabilité permanente aux effets ravageurs et qu’il faut tout faire pour constituer un Etat de Bosnie-Herzégovine viable, ce qui implique une révision fondamentale de ses institutions comprenant l’élimination ou tout au moins la stricte limitation du pouvoir de blocage des "entités".Lors de sa visite à Sarajevo à la fin du mois d’août, le ministre des affaires étrangères allemand Guido Westerwelle s’est explicitement prononcé pour cette dernière solution.

Forte du premier succès qu’elle a remporté en prélude à une normalisation progressive des relations entre le Kosovo et la Serbie, l’Union européenne se doit de prolonger son action en réussissant une opération analogue en Bosnie-Herzégovine, pour permettre au pays de partir sur de nouvelles bases. Les dirigeants européens ont fini par convaincre ceux de Belgrade, en y mettant les formes et avec les arguments adéquats, que la " coopération régionale", impératif premier de l’avancée vers l’Europe exigeait que la Serbie reconnaisse le fait de l’existence du Kosovo. Ils doivent maintenant les convaincre que cette même "coopération régionale" exige aussi la constitution d’un véritable Etat de Bosnie-Herzégovine et qu’il leur faudra accorder leurs paroles et leurs actes en retirant leur appui aux dirigeants de la RS qui minent de toutes les façons la "souveraineté et l’intégrité territoriale" de la BH que Belgrade prétend respecter. Ce devrait être un élément du programme de l’action que l’Union européenne entend mettre en œuvre en Bosnie-Herzégovine après les élections du 3 octobre qui révèleront la nouvelle configuration du paysage politique du pays.

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