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Jovan Divjak est sorti de prison,l’affaire n’est pas close

mercredi 9 mars 2011


La mise en liberté de Jovan Divjak sous caution contre le versement de la bagatelle de 500.000 € inspire des sentiments mêlés. Le soulagement de voir sorti de prison l’homme d’honneur et de conscience que l’on connaît, est accompagné de l’amertume de le savoir pratiquement assigné à résidence à Vienne pendant au moins un mois et de l’effarement devant la facilité avec laquelle les procureurs serbes peuvent manipuler les institutions judiciaires européennes. Après la déclaration du ministre des affaires étrangères d’Autriche selon laquelle l’extradition de Jovan Divjak en Serbie serait "impensable", il ne fait guère de doute que la demande de Belgrade sera rejetée, encore que la décision finale reviendra à la juge du tribunal autrichien compétent. L’émotion suscitée par l’affaire en Bosnie et ailleurs devrait au moins attirer l’attention de l’opinion et des dirigeants européens sur le sens de la politique serbe dans la région et par voie de conséquence sur le sens de la politique de Bruxelles et des capitales européennes à l’égard de la Serbie.

Car ce qui est en cause dans l’arrestation emblématique de Jovan Divjak concerne, comme le démontre excellemment un article de Nenad Pejic, publié sur le site du "Courrier des Balkans" en date du 7 mars (www.balkans.courriers.info), l’ensemble de la politique serbe en direction des pays de l’ex-Yougoslavie, caractérisée par le fait que " la Serbie mène encore les guerres qu’elle a perdues car elle ne veut pas ou n’a pas la force de mener une "guerre" contre ceux qui sont à l’origine des vrais conflits", selon le phrase conclusive de cet article. Le problème que pose la Serbie est bien qu’elle n’a pas rompu avec la politique nationaliste grand-serbe, incarnée brutalement par le régime de Milosevic mais reprise sur un mode "soft" par ses successeurs "démocrates", ce que traduit le pacte conclu entre le parti démocrate du Président Boris Tadic et le SPS (parti "socialiste" de Milosevic) du ministre de l’intérieur Ivica Dacic, pacte constitutif de la majorité gouvernementale au pouvoir à Belgrade. En voulant criminaliser l’ensemble du noyau qui a dirigé la résistance bosnienne à l’agression perpétrée par les forces du régime de Milosevic les autorités serbes entendent rejeter la responsabilité de la guerre en BH sur ce groupe, assimilé aux "Musulmans" séparatistes et islamistes accusés de vouloir asservir le peuple serbe. Dans une version plus modérée du thème, il s’agirait seulement d’ "égaliser" les torts, les fautes et les crimes dans une démarche générale d’oubli et de réconciliation, oubli et réconciliation par ailleurs démentis dans les faits. La synthèse politique réalisée en Serbie consiste à dissocier la juste politique de défense des intérêts serbes menée par Milosevic ( thèse SPS) de ses regrettables et accidentels "excès"(antithèse démocrate).Si cette position convient à la société serbe, qui comme bien d’autres, se soucie plus de ses difficultés journalières que d’un passé qu’elle ne veut pas connaître, si ce n’est que comme victime innocente de la malveillance internationale, elle rend impossible l’instauration d’un climat de confiance et de relations de bon voisinage dans la région.

C’est particulièrement vrai pour la Bosnie-Herzégovine où l’appui inconditionnel de Belgrade aux dirigeants de la Republika Srpska conforte ceux-ci dans leur refus de tout changement du système politico-institutionnel du pays afin de lui donner l’ "efficience" réclamée par les experts et représentants des instances internationales qui affluent depuis des années au chevet du malade, sans le moindre succès. Le fait nouveau, depuis les élections du 3 octobre dernier, est l’alliance ouverte scellée entre les blocs nationalistes croate et serbe pour s’opposer à la coalition formée autour du SPD qui se réclame, dans le respect de la diversité nationale constitutive de la BH, de la démocratie citoyenne. L’obstruction des deux branches du HDZ (à l’origine filiale du HDZ de Tudjman) à la mise en place de la majorité qui a gagné les élections dans la Fédération, risque de faire éclater celle-ci, et par ricochet ce qui subsiste de l’Etat de Bosnie-Herzégovine.

Devant cette situation de crise aigue en BH et les coups tordus que porte la Serbie, l’UE impassible continue de prêcher aux dirigeants bosniens les vertus du compromis et les parlements nationaux ratifient les uns après les autres l’Accord de stabilisation et d’association conclu entre l’UE et la Serbie, avec au bout du compte l’attribution prochaine du statut de pays candidat à celle-ci. Les rappels de la nécessité de l’arrestation de Mladic et de Hadzic et celle de l’instauration de rapports de bon voisinage dans la région demeurent de pure forme. Les premiers courent toujours et le bon voisinage relève du vœu pieux, particulièrement pour la Bosnie-Herzégovine, avec comme présent exemple l’affaire Divjak qui succède à plusieurs autres du même type ( Jurisic, Ganic, Purda), en attendant la prochaine si l’un des19 qui figurent sur la liste noire de Belgrade ose s’aventurer en dehors des frontières de la Bosnie-Herzégovine, ou même des limites de la Fédération.

Faudra-t-il que le feu, au sens propre, reprenne pour que les autorités européennes s’aperçoivent que ce feu ne s’est jamais éteint et qu’elles fassent leur mea culpa pour aveuglement persistant, comme c’est devenu la mode pour d’autres régions du monde en bouleversements ?

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