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A propos des élections du 21 janvier en Serbie

mardi 23 janvier 2007


Les ministres des Affaires étrangères des "27", réunis à Bruxelles au lendemain des élections en Serbie ont accueilli leurs résultats avec satisfaction, comme indiquant l’affirmation d’une "claire majorité en faveur des partis d’orientation réformatrice". Ils ont appelé à la formation rapide d’un gouvernement engagé dans la voie européenne et disposé à s’attaquer aux défis qui lui sont lancés dans un esprit de coopération constructive avec le communauté internationale. Moyennant quoi, ils ont confirmé que l’Union européenne demeurait prête à soutenir la Serbie dans sa perspective européenne. Javier Solana a souligné que la majorité des électeurs avait voté pour des forces démocratiques et pro-européennes.

Cette analyse rapide est reprise par la plupart des commentateurs de la presse internationale, certains d’entre eux notant toutefois les difficultés qui ne manqueront pas de surgir lorsqu’il s’agira de définir la composition et le programme du futur gouvernement, qui aura notamment à se prononcer sur les deux questions clés qui conditionnent la reprise des négociations , actuellement interrompues, entre la Serbie et l’Union européenne. La première, clairement énoncée par Bruxelles comme un préalable au redémarrage de la discussion, est celle de l’arrestation de Mladic. La seconde, non écrite mais néanmoins présente en arrière-plan, est que Belgrade sorte de sa position rigide sur le statut du Kosovo, l’indépendance de celui-ci paraissant inscrite, sous une forme ou une autre, dans la proposition que le médiateur de l’ONU, Martti Ahtisaari, doit prochainement mettre sur la table.

Sur ces deux points les divergences entre les deux principales formations appelées à travailler ensemble, le Parti démocrate de Boris Tadic et le Parti démocrate de Serbie, de Vojislav Kostunica, sont patentes. Concernant l’arrestation de Mladic, le Parti démocrate s’est déclaré résolu à passer à l’acte si les moyens, c’est-à-dire le contrôle de la police et de l’armée, lui sont donnés. Concernant le Kosovo, les dirigeants de ce parti, s’ils continuent de tenir le discours classique serbe du "Kosovo, c’est la Serbie", ont montré qu’ils se préparaient à accepter l’inévitable.

Rien n’indique par contre que, sur ces deux points, Vojislav Kostunica soit prêt à modifier ses positions. . Il ne veut pas être celui qui livrera Mladic, il ne veut pas admettre le détachement du Kosovo de la Serbie, ce qu’il vient de faire interdire par la Constitution récemment adoptée, qu’il considère comme l’oeuvre de sa vie. Il faut à cet égard relever le caractère curieux de l’épithète "modéré" constamment accolé à son nationalisme par la plupart des commentateurs. Lui-même ne doit pas s’y reconnaître, à moins qu’il ne faille entendre par là qu’il ne pratique pas le langage ordurier de Seselj ou qu’il n’ait pas lui-même participé à des tueries. Ce n’est pas le genre de ce professeur de droit constitutionnel qui s’était en 1974, élevé, avec conviction et à ses dépens, contre l’élargissement de l’autonomie du Kosovo au sein de la Yougoslavie, autonomie qu’il semble maintenant vouloir rétablir jusqu’à sa limite extrême, en dessous de l’indépendance, dans une formule quelque peu énigmatique.

C’est pourquoi, au-delà des considérations superficielles sur le succès des "démocrates pro- européens", on peut s’interroger sur la cohérence de l’équipe qui va probablement se mettre en place, à moins que Kostunica, hypothèse peu vraisemblable, ne choisisse l’alliance avec les radicaux de Seselj et les "socialistes" héritiers de Milosevic, ce qui lui retirerait ses deux étiquettes de démocrate et de pro-européen. Il faut, de se point de vue, se rappeler que bien des "démocrates" serbes, dont Kostunica est l’archétype, ont soutenu la politique grand-serbe menée par Milosevic et que le même Kostunica a maintes fois affirmé qu’entre le Kosovo et l’Europe, il préférait le Kosovo, à l’instar de son ami Dodik, qui entre la RS et l’Europe, choisit la RS.

Alors que dans les milieux politiques de la RS, on se réjouit du résultat des élections dont on attend un renforcement des liens entre Belgrade et Banja Luka, on ne se trompe pas à Sarajevo où on souligne cette faiblesse congénitale du prétendu "bloc démocratique", comme le fait par exemple, parmi bien d’autres, le membre de la Présidence de BH, Zeljko Komsic, qui relève les divergences profondes qui séparent le Parti démocrate et le Parti démocrate de Serbie sur le Kosovo et sur la coopération avec le TPI.

En Serbie, la coalition formée autour du Parti libéral-démocrate qui compte 15 députés à l’Assemblée nationale repousse toute idée de participer à un gouvernement qui ferait des concessions à Kostunica, car ce serait par avance renoncer à une politique nouvelle, effectivement démocratique et pro-européenne. Reste à savoir si l’Union européenne elle-même, s’en tiendra à sa ligne de rigueur ou si elle cèdera aux sirènes qui lui conseillent d’assouplir ses exigences vis-à-vis de Belgrade, en passant sur l’arrestation de Mladic et en faisant encore retarder la décision des Nations-Unies sur le Kosovo.

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