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Avant la commémoration de Srebrenica

mercredi 6 juillet 2005


On prévoit que la dixième commémoration du massacre de Srebrenica revêtira une importance particulière, avec une assistance attendue, sur les lieux du crime, de 50.000 personnes et de 500 représentants officiels étrangers, parmi lesquels manquera Carla Del Ponte en signe de protestation contre la non-arrestation de Karadzic et de Mladic. Les mesures de sécurité seront assurées par les autorités de la RS, les forces de l’EUFOR restant à proximité. Ce sont d’ailleurs celles-ci qui, le 5 juillet, ont alerté la police bosno-serbe de la présence de 35 kg d’explosifs déposés près du mémorial dédié aux 8.000 victimes du massacre perpétré par les soldats de Mladic.

Les cérémonies de cette année se dérouleront dans un climat quelque peu différent de celui des années précédentes en raison de la pression accrue exercée sur les dirigeants de la RS et de Serbie pour qu’ils reconnaissent la réalité et l’exceptionnalité - par sa nature et son ampleur - du crime commis, et pour qu’ils assument les responsabilités qui furent celles des autorités serbes des deux côtés de la Drina. Cette pression a abouti à ce qu’à la suite de la création d’une commission d’enquête en RS et de son rapport, le gouvernement de Banja Luka a dû admettre les faits et qu’en Serbie, après la récente diffusion d’un enregistrement vidéo projeté au cours du procès de Milosevic à La Haye, la population a commencé de prendre conscience du caractère criminel de l’action de Belgrade dans ce qui, jusqu’à présent, n’était présenté que comme une « simple » guerre civile entre Bosniaques de différentes nationalités ou religions.

La difficulté, pour ce qui demeure la tendance dominante de l’opinion serbe, est que l’histoire des guerres de Milosevic n’a toujours pas été entreprise et que le maximum de ce qu’elle accepte de reconnaître est que si des crimes ont été commis, ils l’ont été, à part égale, par tous, et qu’il n’y a donc pas lieu de stigmatiser particulièrement le côté serbe. C’est ce qui explique que l’Assemblée nationale de Serbie n’a pu adopter une résolution sur Srebrenica condamnant le crime, le qualifiant de génocide, prenant en charge la responsabilité serbe et demandant pardon aux victimes, comme lui demandaient les huit ONG de Belgrade qui militent pour la pleine reconnaissance de la vérité en Serbie. Le gouvernement « fédéral » de Serbie-Monténégro (à ne pas confondre avec le gouvernement de Serbie, de Kostunica), et le Président de Serbie, Boris Tadic, s’ils n’ont pas été aussi loin, ont condamné le crime et présenté leurs regrets. Boris Tadic en a rejeté la responsabilité sur les individus qui l’ont organisé et exécuté, le gouvernement de Serbie-Monténégro l’imputant, pour sa part, au régime « anti-démocratique de terreur et de mort auquel était opposé la majorité du peuple de Serbie-Monténégro ». Dans une déclaration commune, le Président de RS Dragan Cavic, le Premier Ministre Pero Bukejlovic et le Premier Ministre de Serbie Vojislav Kostunica ont condamné, quant à eux, tous les crimes commis en B.-H., celui de Srebrenica aussi bien que ceux commis contre le peuple serbe.

C’est sur ce dernier point qu’insistent les dirigeants de Banja Luka en produisant des documents sur les Serbes victimes de la guerre, avec des noms de Bosniaques, certains occupant actuellement des fonctions publiques, présumés coupables de crimes. L’évêque orthodoxe de Zvornik et Tuzla compte inaugurer le 12 juillet à Kravice, avec le concours des autorités, un monument érigé à la mémoire des morts serbes de la région de Srebrenica, à 15 km de Potocari et à proximité immédiate d’un espace où ont été exécutés plus de 1.000 Bosniaques.

Dans ces conditions, la présence annoncée de Boris Tadic aux cérémonies commémoratives, avec celles de hautes personnalités de le RS, suscite des polémiques en Bosnie. Alors que des associations de mères de Srebrenica manifestent une vive opposition à la venue du Président de Serbie, d’autres Bosniaques, dont le Premier Ministre de B.-H. Adnan Terzic, veulent y voir la reconnaissance implicite du génocide par les Serbes. C’est pour la même raison que les plus extrémistes des nationalistes de RS et de Serbie s’opposent à une participation officielle serbe à la commémoration.

La majorité des dirigeants serbes de Bosnie s’insurgent contre ce qu’ils estiment être une instrumentalisation politique de la mémoire du massacre, auquel ils dénient absolument la qualification de génocide, selon eux grosse de dangers pour l’avenir de leur entité, qu’ils voient menacée dans son existence par Bruxelles et Washington. Les résolutions très dures votées par les deux chambres du Congrès américain, qui emploient les termes de génocide et d’agression serbe appuyée par Belgrade, appréciées à Sarajevo, ne le sont pas du tout à Banja Luka.

Si, pour tous les pays candidats, la crise de l’Union européenne porte un coup dur à leurs chances d’adhérer, un jour, à une construction devenue branlante, ce n’est pas sans déplaisir que certains analystes de Sarajevo voient la mise en place de la présidence britannique, favorable à l’élargissement et proche des Etats-Unis. C’est vers ceux-ci que pourrait, en fin de compte, se tourner la Bosnie si l’Europe décidait, une nouvelle fois, de l’abandonner à son sort. Le journaliste Zija Dizdarevic semble incliner dans ce sens en écrivant dans « Oslobodjenje » que la priorité du moment, la plus importante pour la Bosnie-Herzégovine, serait d’adhérer au Partenariat pour la Paix, dans l’attente de devenir membre de l’OTAN.

Le temps passant, de nouvelles informations apparaissent sur le déroulement de la guerre en Bosnie-Herzégovine. C’est ainsi qu’il est fait état de la présence de volontaires grecs parmi les forces armées qui ont participé au massacre de Srebrenica, ce qui fait l’objet d’une enquête en Grèce. Le directeur de l’Institut pour la recherche des crimes contre l’humanité, de Sarajevo, Smaïl Cekic affirme qu’il y avait dans l’armée serbe de Bosnie des volontaires et des mercenaires venus de plusieurs pays, notamment de Russie, de Roumanie, d’Ukraine et de Grèce. Une agence spécialisée, basée à Belgrade et dirigée par Vojislav Seselj, organisait le recrutement de ces mercenaires. Une proposition d’enquête parlementaire sur le sujet avait été proposée en Grèce en octobre 2004, sans aboutir.

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Rappel : Un rassemblement en mémoire des victimes de Srebrenica se tiendra à Paris le 9 juillet, à 15 h, sur le parvis de Beaubourg.


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